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Pambazuka News 8: CRISE IVOIRIENNE : DU BON USAGE DE LA MÉDIATION
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CONTENU: 1. Chroniques, 2. Commentaires & analyses, 3. Arts & livres, 4. Blogs africains, 5. Moniteur de l'Union Africaine, 6. Femmes & genre, 7. Droits humains, 8. Réfugiés & migration forcée, 9. Elections & gouvernance, 10. Corruption, 11. Développement, 12. Santé & VIH/SIDA, 13. Éducation, 14. Environnement, 15. Terres & droits fonciers, 16. Média & liberté d'expression, 17. Plaidoyers & campagnes, 18. Nouvelles de la diaspora, 19. Conflits & urgences, 20. Internet & technologie, 21. Collecte de fonds & ressources utiles, 22. Cours, séminaires, & ateliers
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Sommaire de cette édition
CHRONIQUE : A la lisière de nos précédentes éditions, Yveline Dévérin continue son diagnostic de la crise ivoirienne et se penche cette fois-ci sur la question de la médiation et des médiateurs
COMMENTAIRES ET ANALYSES :
- Emmanuel Y. Boussou dresse le chemin qui pourrait mener vers une réconciliation définitive en Côte d’Ivoire
- Les droits de la femme sont clairement définis dans l’Islam, selon Khédija El Madani
- Interview avec Prof. Ernest Wamba dia Wamba sur la situation en RDC
BLOGS AFRICAINS : Cherynne Carayan passe en revue les blogs africains
ARTS ET LIVRES : Une nouvelle publication sur ‘l’abolition de l’esclavage’
MONITEUR DE L’UNION AFRICAINE : L’UA prône une éducation pour la paix
CONFLITS ET URGENCES : Guinée : des élèves tués lors d’une manifestation
DROITS HUMAINS : La Chine vend ses armes à l'Afrique
FEMMES ET GENRE : La fistule devient un problème de santé majeur
REFUGIÉS ET MIGRATION FORCÉE : Vers le rapatriement des réfugiés Soudanais en RCA
ÉLECTIONS ET GOUVERNANCE : Une charte africaine pour renforcer la démocratie
DEVELOPPEMENT : L’Afrique ‘développe’ la Chine
CORRUPTION : Haïti : les gens de robe cloués au pilori
SANTÉ ET VIH/SIDA : SIDA, désaccord entre gouvernement et ONG en Afrique du Sud
ÉDUCATION : Heurts entre étudiants et forces de l’ordre au Cameroun
ENVIRONNEMENT : L’UE subventionne les victimes de la sécheresse
TERRES ET DROITS FONCIERS : Plus de taxe sur les engrais
MEDIA ET LIBERTÉ D’EXPRESSION : Côte d’Ivoire, un feuilleton radiophonique pour la paix
NOUVELLES DE LA DIASPORA : Les Afro-américains réclament l’inclusion
PLAIDOYERS ET CAMPAGNES : Pour un traité nucléaire africain
INTERNET ET TECHNOLOGIE : Les logiciels libres sont la solution en Afrique
PLUS : Informations sur les cours, séminaires, ateliers et offres d’emploi…
Chroniques
Crise ivoirienne : du bon usage de la médiation
2006-06-13
Yveline Dévérin
Yveline Dévérin revient dans cette nouvelle livraison apporter des éclairages sur les nombreuses tentatives de médiation entreprises dans la crise ivoirienne. Elle passe en revue les acteurs impliqués dans chacune de ces tentatives, les enjeux spécifiques et les raisons des multiples échecs qui s’en sont suivis. Son diagnostic est sans appel : malgré le caractère délicat de leur mission, bon nombre de ces médiateurs n’ont pas intérêt à ce que la crise ivoirienne prenne fin parce qu’eux aussi en tirent profit. Soit leur pays tire un profit économique ou géopolitique de la crise soit le statut de médiateur est tout simplement valorisant.
Malgré de multiples tentatives de médiations, la crise ivoirienne dure . Au-delà de la complexité de la situation du pays, cette durée s’explique aussi par l’échec des médiateurs qui se sont succédés au chevet de la Côte d’Ivoire. S’interroger sur ces échecs permet de poser la question du rôle et du fonctionnement des médiations.
Pour qu’une médiation « marche », cela suppose qu’il y ait une volonté commune d’aller à la paix et à la réconciliation. Le rôle du médiateur est d’abord de convaincre qu’il faut arrêter le conflit et ensuite de convaincre chaque partie de céder une partie de ses revendications pour aller vers l’autre. Pour que la médiation soit efficace, il faut qu’il y ait volonté des protagonistes et volonté des médiateurs.
Pourtant, il y a une dissonance de fait entre cette volonté officielle et les intérêts particuliers, entre ce « politiquement correct » affiché et le « géopolitiquement intéressé » que parties et médiateurs pratiquent de fait…
Si le 19 septembre 2002 marque début de la crise, les conditions de l’élection du Président Gbagbo en sont un préliminaire.
Dès la préparation des élections, un premier médiateur (« préventif ») est intervenu sans succès : le 10 août 2000 à Yamoussoukro, le Président Mathieu Kérékou du Bénin, alors président du Conseil de l’Entente (resté très discret ensuite) avait tenté de persuader le Général Gueï de ne pas se présenter aux élections présidentielles : « Fais ce que ta conscience te conseille comme bon pour ton pays ». Ne pas être candidat, tel était en effet son engagement initial.
A cette même réunion de Yamoussoukro, Alpha Oumar Konaré et Gnassingbé Eyadema avaient essayé d’obtenir qu’aucune exclusion artificielle ne soit faite à l’encontre de l’un ou l’autre des candidats. Avant eux, le président sénégalais Abdoulaye Wade avait exprimé sa vive préoccupation face au cas ivoirien.
C’est ensuite une fois la parole prise par les armes que les médiateurs se sont succédés sans interruption, se passant les uns les autres le relais de la recherche d’une paix improbable. Certains pouvant intervenir plusieurs fois à des titres parfois différents.
Du 19 septembre 2002 à mars 2006 se sont ainsi relayés :
- La CEDEAO (Communauté Economique des États d’Afrique de l’Ouest)
- L’Union Africaine
- La France, ancienne puissance coloniale et partenaire privilégié du pays avec lequel elle a des accords de défense, médiateur que l’on pourrait qualifier de « permanent ».
- Abdoulaye Wade, Président du Sénégal, en tant que Président de la CEDEAO (2002-2003).
- Eyadema Gnasingbé†, Président du Togo, en tant que doyen des présidents des pays de la CEDEAO (médiateur récurrent jusqu’à sa mort)
- Alpha Oumar Konaré, ancien Président du Mali, en tant que Président de la Commission de l’Union Africaine.
- Amani Toumani Touré, dit ATT, Président du Mali
- John Kuofor, Président du Ghana, en tant que Président de la CEDEAO (2003-2005)
- Omar Bongo, Président du Gabon, en tant que doyen des chefs d’Etat africains.
- Mamadou Tandja, Président du Niger, en tant que Président de la CEDEAO à partir de 2005
- Olusegun Obasanjo, Président du Nigeria, en tant que Président de l’Union Africaine de 2004 à 2006 (médiateur récurrent)
- Abdou Diouf , ancien Président du Sénégal, en tant que Président de l’OIF (Organisation Internationale de la Francophonie).
- Thabo Mbeki, Président de la république d’Afrique du Sud, désigné comme médiateur par l’Union africaine le 7 novembre 2004.
- Mohamed VI, roi du Maroc a « failli » entrer en lice en février 2005, mais il s’est précipitamment retiré suite à un imbroglio diplomatico-politique.
- Denis Sassou Nguesso, Président du Congo, en tant que Président nouvellement élu de l’Union Africaine (2006).
Depuis mars 2005, le profil de la médiation a changé : Thabo Mbeki a été désavoué tout en restant médiateur… La CEDEAO et l’Union Africaine, sont devenus les médiateurs de référence, relayés et appuyés par l’ONU qui a mis en place en octobre 2005 un « Groupe International de Travail » (GIT) composé de membres des trois organismes et « chargé d’évaluer, contrôler et suivre le processus de paix ». La médiation a vécu et laissé place à une coercition relative.
Une médiation ne peut remplir son office que si les protagonistes sont d’accord sur le but final (la paix) mais divergent uniquement sur les modalités permettant d’y parvenir. Le rôle du médiateur est alors de faciliter la négociation sur ces dernières.
Or dans le cas ivoirien, il faut se rendre à la désagréable évidence qui s’impose à l’observation attentive des faits : tout le monde est d’accord sur le statu quo. Cette situation a même été baptisée localement du nom de « ni paix ni guerre » qui traduit parfaitement la réalité.
Le fait est que cette situation arrange tous ceux qui ont le pouvoir de le faire cesser.
Le travail de médiation devient alors « difficile », et ce d’autant plus que les différents médiateurs eux-mêmes sont dans une situation ambiguë. Quelle que soit la façon dont on observe la situation, personne n’a intérêt à ce que la situation se débloque. Ni médiateurs, ni « médiatés »…
Pendant ce temps, les médiateurs se relayent au chevet du pays.
I/ MEDIATEURS – MEDIATIONS : « ENTRE L’ÉCORCE ET L’ARBRE »
Le terme de médiateur comprend deux aspects : celui qui relie deux parties (initialement, Dieu et les hommes) c’est aussi celui qui aide à faire la moitié du chemin vers l’autre comme il l’a gardé de son étymologie (du lat. mediatorem, de mediare, servir d'intermédiaire, partager par le milieu.).
Le médiateur est l’envoyé, le commissionnaire et, en même temps, l’arbitre, mais l’arbitre qui ne siffle que s’il a l’accord des deux parties. Or il n’est pas inutile de rappeler qu’à être l’envoyé, le médiateur prend des risques, tant il est fréquent que le porteur de mauvaises nouvelles soit tenu pour responsable du contenu de son message.
Dans l’antiquité grecque, mais aussi dans bien des sociétés, on élimine le porteur du message pour éliminer le message lui-même et son contenu. On résout le problème en éliminant celui qui l’énonce. Ceci est important parce qu’on confond ainsi l’affiche et la réalité. On élimine l’affiche pour supprimer la réalité du problème. Nombre d’individus réagissent également de même : ce qui est incriminé étant l’énoncé (donc celui qui énonce) et non le fait énoncé.
Or, si sanctionner le porteur de message ne change rien à la réalité, tout se passe comme si cette sanction suffisait à résoudre le problème.
A/ On ne veut pas d’un médiateur qui soit aussi le médiateur « de l’autre » !
La médiation est le processus qui permet, lors d'un conflit, l'intervention de personnes extérieures à ce conflit, permettant de dépasser le rapport de force et de trouver une solution sans gagnant ni perdant.
Or si la crise ivoirienne dure, c’est non seulement parce qu’aucun des protagonistes n’a intérêt à sa résolution, mais aussi parce que les diverses médiations ont échoué. On ne peut relier deux parties qui ne veulent pas l’être. Mais on ne peut non plus relier deux parties qui considèrent chacune qu’elle a « raison » et que seule l’autre doit faire toutes les concessions.
Il est remarquable de voir à quel point chaque partie voudrait que le médiateur prenne son parti contre l’autre. Le bon médiateur, c’est celui qui est « pour moi »…Dès qu’un médiateur a été accepté par une partie, il est immédiatement rejeté par l’autre pour « impartialité ».
A ce jeu, le Président Mbeki a « duré » plus que les autres, mais comme les autres a été rejeté et reconnu par les deux parties, chacun leur tour… Jusqu’en août 2005, il semblait être tantôt adulé par les uns/vilipendé par les autres, en alternance, mais à partir d’août, sa « médiation » s’est « stabilisée » au profit du pouvoir en place et a donc été décrédibilisée totalement.
Avant lui, tous les médiateurs ont été soumis à ces jeux d’aller-retour : Eyadema du Togo a ainsi été tour à tour dénoncé comme « suppôt des rebelles » puis « soutien de Gbagbo », parfois dans la même semaine ! La liste pourrait continuer avec tous les médiateurs.
On assiste ainsi à un premier échec lié au rôle des médiateurs : un problème d’interprétation sur les concessions à faire et sur l’ordre de leur application, en particulier en ce qui concerne le désarmement et un éventuel référendum permettant de revoir le fameux « article 35 » de la Constitution ivoirienne (qui permet d’éliminer de la compétition à la présidence toute personne qui n’est pas « née de père et de mère eux-mêmes ivoiriens d’origine » ).
B/ Les médiateurs eux-mêmes n’ont pas forcément intérêt à ce que le processus réussisse et donc prenne fin.
Paradoxalement, les médiateurs eux-mêmes trouvent aussi quelque avantage dans cette situation. Ce qui compte est avant tout d’être médiateur et non de réussir dans l’entreprise de médiation.
Etre médiateur dans la crise ivoirienne permet en effet de valoriser ses compétences diplomatiques, de mettre en avant sa personne et son pays, de se montrer chantre du politiquement correcte et de la démocratie. Or ce qui est valorisé est la fonction de médiateur, non sa réussite.
La crise ivoirienne finit par être la « chose » du médiateur, elle lui appartient. Un exemple, parmi d’autres est celui qu’illustra au tout début de la crise, en novembre 2002, la rivalité entre les présidents Wade et Eyadéma.
Ces « Gamineries d’État » opposèrent le doyen des présidents de la CEDEAO, intervenant comme médiateur (organisation d’une rencontre à Lomé entre représentants de la CEDEAO et représentants des parties en conflit) et le Président Wade, Président en exercice de la CEDEAO, faisant ses propres propositions d’intervention et de médiation, critiquant la façon dont les opérations de négociation ont été menées par le doyen.
Le 15 novembre, un des conseillers de Wade déclare : « en raison de l'échec des négociations à Lomé le Président Wade est prêt à reprendre la médiation entre les belligérants ivoiriens, à condition d'être le seul médiateur », et le Président lui-même de préciser le 16 « Je vais demander au groupe de contact formé par les chefs d'Etat désignés pour la médiation de se réunir à Abidjan pour tirer les conclusions et voir comment on peut entamer la deuxième phase des négociations politiques » [dépêches AFP].
Notre Voie (20 novembre), le journal FPI le fustige alors ainsi « le Président sénégalais Wade a opté, depuis son élection, pour la promotion médiatique de sa personne comme une star du show-biz […].
Au nom de cette volonté de paraître vaille que vaille comme le leader de la sous-région ouest-africaine et de l’Afrique francophone, Abdoulaye Wade s’est engagé dans un conflit de leadership contre ses pairs du Togo (Eyadéma), du Nigeria (Obasanjo) et du Gabon (Bongo). Obnubilé par une telle obsession, Wade a oublié que l’échec du médiateur Gnassingbé Eyadéma signifie celui de la CEDEAO donc de son président en exercice.
L’élan politiquement correct dans ce cas serait que le Président togolais bénéficie du soutien de tous pour réussir sa mission. Nul n’a le droit de fossoyer les négociations de Lomé au nom d’un quelconque intérêt personnel. » Le site officiel du Togo précise le 15 novembre « M. Dona-Fologo insiste même sur "la manière sage, délicate et patiente avec laquelle le Président Gnassingbé Eyadema conduit la médiation".
La "sortie" du Président sénégalais ressemble davantage à une opération de promotion personnelle qu'à une réelle volonté de trouver rapidement des solutions à la crise ivoirienne. »
Le Sénégal, lui, se targue d'avoir obtenu un cessez-le-feu, le 17 octobre, entre les rebelles et les forces loyalistes, à un moment ou le « groupe de contact de la CEDEAO », qui faisait office de médiateur collectif, semblait en panne dans sa tentative de faire taire les armes.
Il a voulu relancer lui-même le processus de négociation devant l’immobilisme évident des négociations menées sous la houlette du Président Eyadéma. Devant les vives réactions qui ont suivi sa proposition, il est resté par la suite très discret, prenant même d’infinies précautions oratoires lorsqu’on lui demande son avis le 12 mars 2006 sur TV 5.
Les différents médiateurs ont tous trouvé un intérêt personnel à intervenir : Mbeki a fait oublier la mauvaise image laissée par sa politique de non lutte contre le Sida. Il essaye de raviver son image ternie au sein de l’ANC (African National Congress) où sa gestion libérale du pays est de plus en plus fortement critiquée.
Eyadéma a profité de son statu de médiateur pour faire adopter au même moment, dans la plus grande indifférence internationale une modification de la Constitution qui lui permettait d’être Président à vie, le Président Kuofor, du Ghana, est passé, grâce à la crise ivoirienne du statut de nouveau Président inconnu, à celui de Président internationalement reconnu et apprécié pour ses efforts de médiation, il est réélu sans problème en décembre 2004.
Omar Bongo a pu faire oublier les problèmes intérieurs, de même que Tandja du Niger qui avait eu une gestion très critiquée de la crise alimentaire qui survenait dans le Nord du pays l’hivernage 2005. Tous ont profité de leur statut de médiateur pour apparaître comme « politiquement corrects » alors même que leur politique intérieure était souvent montrée du doigt. On se passe le relais. La chaîne sera brisée plus tard.
Il est caractéristique que ceux qui se sont retirés très vite de toute incursion dans la médiation étaient ceux qui n’avaient rien à en retirer personnellement : Amani Toumani Touré (dit ATT) du Mali ou Mathieu Kérékou du Bénin, stables chez eux et ayant déjà acquis des galons de « bonne gouvernance », à ce moment là tout du moins.
C/ Par ailleurs, de nombreux pays africains ou tout du moins, leurs élites, tirent profit économique ou géopolitique de la situation.
Les populations des pays voisins sont lourdement pénalisées tant directement par la crise elle-même qui a chassé nombre de paysans des plantations que par la longue coupure des relations Nord/Sud, conduisant à détourner et rallonger les routes de l’importation / exportation des pays enclavés (Burkina, Mali, Niger). Les prix augmentent, les exportations sont plus difficiles.
En revanche, les dirigeants et certains opérateurs économiques ne subissent pas les mêmes difficultés. Dès le début de la crise, les différentes parties ivoiriennes demandaient l’intervention des autres pays, arguant que dans la sous-région, « la Côte d’Ivoire est incontournable », qu’elle représente « 40% des richesses de l’UMOA » (Union Monétaire Ouest-Africaine) et que l’effondrement de la Côte d’Ivoire entraînerait de facto celui de toute l’Afrique de l’Ouest.
D’autres conclusions peuvent être proposées : la Côte d’Ivoire est « incontournable » ? Certains ne voient aucun problème à ce que le « contournement » de la Côte d’Ivoire passe par eux ! Le fait est que, depuis le début de la crise, Téma (le port d’Accra, au Ghana), Cotonou, Lomé, Conakry, Dakar et même Banjul connaissent un regain d’activité étonnant, menant à des aménagements portuaires nouveaux et à la réhabilitation d’anciennes voies de circulation tombées en désuétude.
Ainsi, la liaison Dakar – Bamako, dont la réhabilitation a été confiée dès juillet 2003 au groupe canado-français Canac-Getma, est progressivement effective. Jeune Afrique l’intelligent du 29 juin 2005 titre « Transit : Dakar détrône Abidjan » et développe « Conséquence directe de la crise ivoirienne, les approvisionnements et les évacuations de produits maliens par le port de Dakar ont progressé de 28 % en 2004 ».
« Le Mali a obtenu de la Gambie un "embarcadère garanti" au port de Banjul pour l'acheminement des marchandises vers Bamako, selon un communiqué conjoint publié mardi après-midi dans la capitale gambienne, à l'issue d'une visite de trois jours du Président malien, Amadou Toumani Touré » [AFP 8 avril 2003].
Partout, on se réorganise en contournant la Côte d’Ivoire, autant d’activités dont profitent les transporteurs des nouveaux pays de transit. Le 10 avril 2003, le « Nouveau Réveil » titrait « Le port d’Abidjan enregistre 40% de pertes en un trimestre ». Ces « pertes » sont passées par d’autres chemins [Dévérin, 2004 ; Amprou 2005].
En 2004, selon les données du Conseil ghanéen des Chargeurs, un tiers du trafic des ports de Téma et Takoradi provient des trafics traditionnellement destinés au Port autonome d'Abidjan (PAA). [Le Temps- 17/9/2005]
Ces chemins sont renforcés par la délocalisation d’activités autrefois installées en Côte d’Ivoire : l’ADRAO (Agence pour le Développement de la Riziculture en Afrique de l’Ouest – WARDA) après d’infructueuses tentatives d’installations au Mali, s’est durablement installée au Bénin où les conditions politiques et les sols lui permette de continuer son activité de recherche sur les riz, la Banque Africaine de Développement (BAD) a déménagé à Tunis après les destructions « patriotiques » de février 2003 (à la suite des accords de Marcoussis) à Abidjan.
Cette délocalisation, annoncée comme « provisoire » s’éternise, mais le 8 juin 2005 « Notre Voie » titrait (sans y voir malice apparemment) sur l’hypothèse d’un transfert définitif du siège de la BAD en Afrique du Sud.
Par ailleurs, de nombreuses PME, des artisans ont transféré tout ou partie de leurs activités dans les pays voisins (Guinée Conakry, Ghana, Bénin, Togo et même Mali, Burkina, Sénégal). La Côte d’Ivoire représentait 40 % de la richesse de l’UEMOA : les autres membres ne voient aucun inconvénient à ce qu’une partie des activités qui permettaient cette richesse soit transférée chez eux.
La crise ivoirienne permet même aux pays limitrophes d’améliorer leurs exportations : il a toujours été courant de voir le Ghana augmenter sa « production » lorsque le prix payé au producteur était supérieur à ce qu’il était en Côte d’Ivoire, et vice versa…
Mais on arrive à une situation surréaliste lorsqu’on apprend que le Burkina Faso a exporté du cacao [L’intelligent d’Abidjan, 8 mars 2004] ! De même Mali et Burkina ont considérablement augmenté leur « production » de coton sans augmenter surface de production ni quantité d’intrants.
Enfin, certains tirent un profit politique non négligeable. Le meilleur exemple est sans contexte Blaise Compaore, Président du Burkina Faso, en grande difficulté intérieure depuis le 13 décembre 1998 (affaire du journaliste assassiné Norbert Zongo,). Le comité contre l’impunité rassemblait de plus en plus de partisans et son pouvoir était vacillant, tant il faisait l’unanimité contre lui.
En décembre 2002, « grâce » aux exactions menées contre les populations Burkinabè en zone gouvernementale, il apparaît comme le défenseur de son peuple, est ovationné par la foule et forme une véritable union sacrée qui lui permet même d’être réélu sans difficulté et sans contestation en 2005.
Le Président Mbeki a pu, en partie grâce a ses interventions en tant que médiateur, tant dans la crise ivoirienne que dans la région des Grands Lacs, s’affranchir symboliquement de Nelson Mandela, tant au sein de l’ANC que dans le pays. L’Afrique du sud est en passe de devenir une puissance africaine et même internationale.
Ceci n’était pas une mauvaise chose à une époque où, il faut le rappeler, dans le cadre de la réforme de l’ONU, il était question d’un siège pour le continent africain au conseil de sécurité des nations unies (2005) : l’Afrique du sud se plaçait aussi dans cette perspective. Quelle meilleure aura que celle de médiateur ?
Ces intérêts politiques et géopolitiques ne doivent pas faire oublier les intérêts économiques qui les accompagnent : les entreprises sud-africaines se développent en Côte d’Ivoire depuis la médiation de leur président.
Ainsi, MTN, une entreprise à capitaux sud-africains est devenu actionnaire majoritaire chez Telecel (Téléphonie mobile, un des trois secteurs qui sont encore rentables en Côte d’Ivoire), Sotra (société d’Etat de transport collectif) a pu conclure un contrat d’achat de bus avec une société sud-africaine [Le Jour 20/10/2005, DNA 17/9/2005].
Un gros marché a été décroché avec la Compagnie ivoirienne d’électricité (Cie). Une société sud-africaine est désormais chargée de fournir les compteurs électriques avec des cartes prépayées. [DNA- 17/9/2005]. Les affaires se font aussi sur des marchés moins visibles, mais plus répandus.
Ainsi, Le Nouveau réveil du 13 août 2005, ajoute « Depuis quelques temps, les bouteilles de vin sud-africain sont bien présentes dans nos super-marchés. », avec deux remarques : « Là où le président sud-africain est appelé à jouer un rôle de médiateur, on assiste à une émergence systématique des entreprises sud-africaines » et « Avec Gbagbo, Mbeki est bien parti pour bousculer l'hégémonie économique de la France en Côte d'Ivoire. »
Le journal remarque « En dépit du risque-pays très élevé en Côte d'Ivoire en raison de la situation de guerre, l'on enregistre une percée fulgurante des entreprises sud-africaines dans le tissu économique de notre pays ».
Au demeurant, ces dernières remarques ne sont pas forcément « à charge » : il faut se garder de toute naïveté et de tout anthropomorphisme dans l’analyse géopolitique : « Un État n’a pas d’amis, il n’a que des intérêts » avait remarqué avec lucidité le Général de Gaulle.
Le médiateur aura d’autant plus de raisons d’être efficace qu’il y aura intérêt. Qu’il y gagne renommée, que les entreprises de son pays aient intérêt à la paix est un gage de son implication. Si l’on ajoute à cela l’aura d’un pays qui a réussi à régler pacifiquement l’incroyable question de l’apartheid , la médiation sud-africaine était une des rares à avoir des chances d’aboutir.
Là où cela pose problème, en terme d’efficacité de la médiation c’est si la situation de « ni paix ni guerre » apparaît plus profitable que la paix (par exemple en éliminant la concurrence moins « téméraire ») ou si le médiateur s’engage résolument aux côté d’une des parties qu’il souhaite voir gagner au détriment de l’autre pour mieux asseoir son influence. Ou s’il est bon de se passer le relais…
La médiation / intervention française se retrouve ainsi dans une position paradoxale. Intervenue pour bloquer l’avancée des rebelles sur Abidjan, il semble bien qu’elle ait eu au départ pour objectif l’évacuation des enfants de l’école Baptiste américaine de Bouaké (25 septembre 2002), coupant ainsi sous le pied toute tentative d’intervention des américains dans son pré-carré.
L’évacuation des ressortissants « étrangers » a suivi le lendemain pour s’achever le 27 septembre. Cette opération a nécessité la mise en place de la « ligne de confiance » qui coupe la Côte d’Ivoire en deux. Son maintien s’est abrité derrière l’idée avancée d’empêcher la reprise des combats par contact des combattants.
Les « étrangers » de Korhogo ont été évacués le dimanche 29 septembre par l’armée américaine [déclaration ministère de la défense, 4 octobre 2002]. Ce dernier point très peu connu est révélateur d’un évident échange de bons procédés qui permettait à la France de laisser les Etats-Unis intervenir de façon « humanitaire », sans toutefois les laisser évacuer les enfants de l’école Baptiste ce qui aurait été perçu comme une incapacité à maîtriser la sécurité des « étrangers » dans son ancienne colonie.
Dans un premier temps, de toute évidence, la France est intervenue avant tout pour garder sa position. Ensuite, ses interventions de médiation (Marcoussis en particulier et la force d’interposition Licorne qui a fait souvent des opérations de médiation locale) peuvent se comprendre dans la mesure où la France a absolument besoin d’une Côte d’Ivoire pacifiée et si possible bienveillante.
Outre les intérêts de firmes françaises très implantées en Côte d’Ivoire (Bollore, France-Telecom, Bouygues entre autres), la France ne pouvait se permettre de voir fragiliser la situation de ses 20 000 ressortissants résidants (dont la moitié de bi-nationaux). Elle pouvait encore moins envisager de les voir arriver en France et devoir les absorber.
La France avait donc, (a donc) tout intérêt à ce que la situation se stabilise. Pourtant elle est certainement la moins bien placée pour jouer le rôle de médiateur compte tenu du passif colonial et néocolonial. Parce qu’elle a intérêt à la paix, pas forcément à une paix équitable.
Après avoir été vilipendée car accusé d’avoir fomenté la rébellion pour protéger le renouvellement des contrats des grandes entreprises françaises (Télécom, électricité en particulier) dont les concessions arrivaient à expiration, la France non plus médiatrice, mais « observatrice » s’est vue re-attribuer certains d’entre eux.
Le 17 octobre 2005, le contrat qui liait Bouygues à la CIE (électricité) était signé et donnait lieu à une cérémonie qui permit au Président Gbagbo de mettre clairement en avant ce qu’il attendait : « Chers amis, aidez-nous […]. Dès que le désarmement sera fait, la Côte d’Ivoire se portera très bien parce qu’en plus du travail qu’il y a déjà à faire, il y aura la reconstruction. Or, tout le monde sait que la reconstruction ouvre toujours de nouveaux chantiers.».
Autrement dit, « aidez-nous à désarmer » et vous aurez les chantiers de la reconstruction. Autrement dit, aussi, le problème de la Côte d’Ivoire est celui du désarmement…
Ce discours est intéressant parce que, non seulement il souligne ouvertement le marché proposé, mais il permet de montrer également ce qui est, depuis le début du conflit, une constante dans l’attitude du Président d’abord, puis dans une moindre mesure, des rebelles : le détournement des médiations.
(Voir l'intégralité de l'article sur http://www.pambazuka.org/fr/category/comment/35125)
*Yveline DÉVÉRIN est Maître de conférences de géographie
Université de Toulouse-le-Mirail GRESOC-UTM
SEDET-Paris VII
*Voir aussi nos précédentes publications sur le même sujet, en français :
-http://www.pambazuka.org/fr/category/features/33766
-http://www.pambazuka.org/fr/category/features/34347
et en anglais :
-http://www.pambazuka.org/en/category/comment/33854
-http://www.pambazuka.org/en/category/features/33766
*Veuiller envoyer vos commentaires à : editor@pambazuka.org
II/ LE DÉTOURNEMENT DES MÉDIATIONS
Une des constantes des pratiques du Président Gbagbo, depuis le début de la crise, a été, de façon très subtile, de détourner l’attention d’un problème fondamental en la crispant sur un autre, de fait beaucoup moins important. Pour ce faire, il pratique une véritable instrumentalisation de la médiation.
Il joue de la médiatisation dans la médiation, il utilise admirablement le jeu du visible évident au détriment de questions de fond complexes. Le secrétaire général de la rébellion, Guillaume Soro (SG des Forces Nouvelles) le connaît bien, ils ont lutté ensemble.
« J’ai rencontré M. Laurent Gbagbo en 1994. Il me trouvait très prometteur. J’avais un véritable respect pour lui. [...] Nous étions proches l’un de l’autre. Je crois qu’il m’avait en quelque sorte adopté. Je me rendais régulièrement chez lui, nous partagions le même repas. » [Soro, 2005, p. 49].
Sans aller jusqu’à parler de connivence tacite on peut avancer l’idée que chacun décrypte les positions de l’autre. La tactique du jeu de la diversion n’est donc pas destinée à tromper la rébellion, mais il est de toute évidence stratégique que vis-à-vis de la Communauté Internationale qui observe, et vis-à-vis des médiateurs.
A la fin de l’année 2005, l’élève dépasse le maître et les arguties utilisées à son tour par Guillaume Soro conduisent à la rupture avec le médiateur Mbeki, manifestement exaspéré, et à un changement dans les modes de médiation.
La technique de diversion s’opère en parallèle et en alternance sur deux éléments : l’objet de la discorde et le médiateur lui-même.
A/ Créer la diversion sur l’objet de la discorde
Depuis octobre 2002, le jeu ne cesse pas. A vrai dire, dès qu’on approche d’une solution à la crise, la situation se crispe sur un objet qui était considéré comme secondaire au début des négociations.
Les premières revendications de la rébellion étaient très précises et concernaient trois points :
- la loi sur le foncier rural,
- le code de la nationalité et
- l’abrogation de l’article 35 (voir supra).
Très vite, les débats ont été détournés, sur le désarmement (un thème favori qui revient régulièrement), les élections et la question du référendum (portant autorisation de modification de l’article 35). L’attention et l’énergie du médiateur sont alors détournées des problèmes fondamentaux qui sont à la racine de la crise.
Lors de la signature de la paix, le 4 juillet 2003, on a ainsi mis l’accent sur les points de regroupement des combattants et sur l'inventaire du matériel des deux côtés, plus que sur la réponse aux causes de la crise.
Les débats se sont crispés par exemple sur l’ordre des choses : désarmement et réformes législatives. Les rebelles demandant les réformes comme préalable à toute opération de désarmement, les « loyalistes » demandant le contraire. Sans qu’on n’évoque plus du tout le contenu des réformes !
C’est seulement le 9 juillet 2004 que l’article 26 de la loi sur le foncier rural est modifié suivant les accords de Marcoussis (redonnant aux héritiers non-ivoiriens le droit à hériter de la propriété de la terre acquise par leurs ascendants).
Au demeurant, depuis 1998, seuls l’Etat, les collectivités publiques et les personnes physiques ivoiriennes ont accès à la propriété foncière (art.1). Sans doute était-il bon de monter quelque bonne volonté à un moment où toute l’attention venait d’être retenue par un réarmement de milices, des violations de cessez-le-feu et le regain de tension entre Côte d’Ivoire et Burkina (survol du territoire Burkinabè par des Sukhoï de l’armée ivoirienne).
Les lois dont la modification a été signée lors des accords de Marcoussis n’en finissent pas d’être votées. Le débat porte brusquement sur la façon dont elles doivent l’être, puis sur leur forme, ce qui, compte tenu des potentialités de discussions sur les formulations laisse de beaux mois de débats stériles.
La plupart des lois finalement adoptées sont en fait si bien « tournées », (voire contournées !) qu’elles arrivent à être vidées du contenu recherché initialement, au point qu’en mars 2005, le comité de suivi des accords de Marcoussis a demandé la reprise des « lois dénaturées ». [Le Nouveau Réveil- 18/3/2005]
Mais, en même temps, les rebelles refusent de désarmer pour des conditions de sécurité (compte tenu de l’armement intensif effectué par la partie gouvernementale). Le désarmement a ainsi fait l’objet de crispations successives : le désarmement n’étant pas alors « le désarmement de ceux qui ont des armes » (pour reprendre l’expression du Général Ouassénan Koné en mars 2006) mais uniquement celui des rebelles. Le Président Gbagbo exigeait que les rebelles désarment seuls, prétendant (malgré les faits connus de tous) l’inexistence de milices armées (sic !), puis la question a été sur les lieux de rassemblement, puis sur le financement, puis, sur la simultanéité ou la succession du désarmement des milices et des rebelles etc.
Les exemples seraient sans fin, de ce jeu de détournement auquel sont passées maîtres les parties prenantes du conflit.
L’autre facette de ce jeu qui assure la pérennité de la situation est le détournement sur le médiateur.
B/ Détourner l’attention sur la médiation et les médiateurs
Régulièrement, le médiateur est accusé d’être partie prenante pour l’une ou l’autre partie, voire les deux, (parfois en même temps !). Au-delà des exemples présentés, tous les médiateurs, toutes les médiations ont été à un moment donné de leur intervention sous le feu de cette stratégie qui se décline en trois recettes : fabriquer de la rivalité entre médiateurs, incriminer le médiateur accusé de partialité et incriminer l’accord résultant de la médiation.
Dès le début de la crise, les protagonistes ont utilisé la rivalité entre médiateurs. La crise décrite plus haut, et qui oppose, au sein de la CEDEAO le Président Wade (Sénégal), président en exercice de la CEDAO au Président Eyadéma (Togo), doyen des chefs d’État de la CEDAO a été abondamment utilisée. Les parties prenantes transforment ainsi la crise qui les oppose en crise entre médiateurs ! A ainsi été opposé à Eyadéma (Togo), non seulement Wade (Sénégal) en novembre 2002, mais aussi Obasanjo (Nigeria).
Au moment de la médiation de Mbeki à l’automne 2004, le camp présidentiel a d’abord essayé de le présenter comme le challenge qu’on opposerait à Chirac à la suite des événements de novembre 2004. Par la suite, en février 2005 le Président Gbagbo alors contrarié par ses prises de position a tenté de lui opposer Mohamed VI du Maroc (dont on sait qu’il avait de mauvais rapports avec Thabo Mbeki depuis que ce dernier avait reconnu la République Arabe Sahraouie Démocratique en août 2004). Le souverain marocain s’est prudemment très vite retiré de ce jeu où n’y avait qu’à perdre.
En effet, à un moment ou l’autre de leur intervention, les médiateurs ont tous été accusés de partialité. En alternance, par une partie puis l’autre (parfois même les deux en même temps !). Tous ont à un moment passé le relais sans avoir été désavoués trop durement, quitte à re-intervenir par la suite (Eyadema a ainsi régulièrement été sur le devant de la scène avant de s’effacer puis de réapparaître).
Paradoxalement, seul Mbeki pourtant accepté au début par les deux camps, fut mis en difficulté par Gbagbo (épisode Mohamed VI), avant d’être résolument récusé de sa fonction de médiateur par le camp de l’ex-rébellion. Après l’avoir accusé de partialité dans la gestion de la médiation, les « ex-rebelles » ont mis en avant son expansionnisme économique dont ils liaient la réussite à la position de médiateur favorable au Président Gbagbo, la situation s’est aggravée lorsque des entreprises (privées) sud-africaines ont été convaincues de vente d’armes et de fourniture de mercenaires au camp présidentiel.
« Qu’a dit Mbeki ? » fut le refrain récurrent de la fin de l’année 2004 et durant l’année 2005. L’évolution de la crise semblait suspendue aux paroles du médiateur. Comme s’il la maîtrisait !
Malgré ces manœuvres, six accords ont été malgré tout signés (Accra I, Marcoussis-Klébert, Accra II et III, Pretoria I et II) entre le 29 septembre 2002 et le 30 juin 2005 : six accords en moins de trois ans ! et encore, sans compter les petits accords régulièrement signés à Kara ou Lomé (Togo), Abuja ou Dakar !
Une autre pratique dans laquelle le Président Gbagbo est passé maître a consisté dans le transfert de la crise sur les accords de médiation. Cette fois, on focalise l’attention non plus sur le médiateur mais sur le résultat de la médiation. Le point de cristallisation devient non plus la rébellion, mais l’accord de médiation.
L’exemple caricatural fut la réaction qui a suivi les accords de Marcoussis / Kléber (26 janv. 2003) et qui s’est accompagné des premières grandes émeutes anti-françaises. Mais la même observation peut être faite pour tous les accords, avec des pointes de violence contre les accords ou les médiateurs, le dernier en date étant la flambée de janvier 2006 contre le GTI (Groupe de Travail International) à propos du mandat des députés qui venait à expiration.
L’ennemi devient le médiateur. Le problème n’est plus « résoudre la crise », mais « de quel côté est le médiateur ? ». Le problème n’est plus la crise mais le médiateur : « Entre l’écorce et l’arbre, il ne faut pas mettre son doigt »… On comprend alors la réticence des gouvernements des pays voisins pour une intervention militaire comme l’a prouvé l’extrême lenteur d’installation de la force d’interposition de la CEDEAO (troupes ghanéennes, sénégalaises, nigérianes, béninoises et togolaises).
Dans l’accord d’Accra I du 29 septembre, elle devait relayer la France dès octobre 2002 et les premiers éléments à l’arrivée sans cesse reportée, n’ont été déployés qu’en mars 2003 !
Cette réticence n’a fait que se renforcer par la suite tant le Président Gbagbo est également passé maître, avec l’appui de la galaxie patriotique, dans l’art de prendre en otage les ressortissants des pays tour à tout médiateurs pour faire pression sur la médiation. Ce fut très visible pour les ressortissants français (particulièrement après Marcoussis en 2003 et en novembre 2004), mais Sénégalais, Maliens, Nigérians ont aussi payé leur tribu à la médiation de leur pays, même si cela a été moins visible dans la presse internationale.
La marge de manoeuvre du médiateur s’en trouve alors considérablement diminuée.
*Yveline DÉVÉRIN est Maître de conférences de géographie
Université de Toulouse-le-Mirail GRESOC-UTM
SEDET-Paris VII
*Veuiller envoyer vos commentaires à : editor@pambazuka.org
Suite...
Commentaires & analyses
Élections en République Démocratique du Congo : compte à rebours
2006-05-04
Cette semaine on annonce que les premières élections en RDC depuis 40 ans sont maintenant prévues pour le 30 juillet. Joseph Kabila, précédemment chauffeur de taxi et président du pays depuis l'assassinat en 2001 de son père Laurent Kabila, sera parmi les 33 candidats à se présenter pour la présidence alors que 9,587 candidats se présenteront pour les 500 sièges à pourvoir au sénat et à l'Assemblée nationale. On espère que ces élections mettront un terme aux années de guerre qui, selon les statistiques, auraient coûté la vie à 3,9 millions de personnes. Pambazuka News a interrogé Ernest Wamba dia Wamba sur l'enjeu de ces élections.
Pambazuka News : La date du 18 juin prévue pour les élections a été repoussée à la fin de juillet prochain. Compte tenu des circonstances que connaît la RDC, ces élections auront-elles enfin lieu?
Ernest Wamba dia Wamba : La dernière date fixée pour ces élections est le 30 juillet mais elle sera très probablement modifiée. La plupart des acteurs politiques sont insatisfaits de la manière dont le calendrier électoral a été établi car tous ceux qui sont concernés ne sont pas encore d’accord. Certains disent que ces élections n'auront pas lieu comme prévu.
D'autres pensent que des problèmes vont surgir le 30 juin – date de la fin de la Transition. L’UPDS de Tshisekedi (ndlr : Tshisekedi - ancien premier ministre ; UPDS - l'Union pour la Démocratie et le Progrès Social) et d'autres encore sont maintenant d'avis que seulement un mini dialogue entre les Congolais pourra sauver la situation. Ce dialogue serait censé mener à un consensus sur la manière dont les élections seront organisées après le 30 juin.
Pambazuka News : On souhaite que la réalisation de ces élections apporte un souffle nouveau à la République Démocratique du Congo. Le fait que 33 candidats se présentent à la présidence et presque 10,000 pour les sièges à l'Assemblée nationale, reflète, à première vue, un pas positif vers la démocratie. Mais dans quelle mesure ce scrutin sera-t-il démocratique ? Combien de risques ces élections comportent-elles pour des perturbations futures liées aux résultats du scrutin ?
Ernest Wamba dia Wamba : À aucun moment depuis l'indépendance les Congolais ne se sont mis d'accord sur les idéaux ou intérêts nationaux fondamentaux (ni comment articuler ceux-ci ou les intérêts des pays voisins devant les pouvoirs mondiaux) sans arbitrage extérieur.
Bien qu'une vraie mise au point de la mission congolaise de l'Organisation des Nations Unies (ONU) des années 60 ne se soit pas produite, le pays se trouve de nouveau soumis à une mission de la part de l’ONU.Le Traité ICD (ndlr : Dialogue Inter Congolais suite au Traité de Lusaka en 1999, qui a officiellement mis fin au conflit armé) a nommé comme dernier recours le CIAT (ndlr : Le Comité International d'Accompagnement de la Transition).
En fait, le processus électoral lui-même n’ « appartient » vraiment pas aux Congolais, non seulement parce qu’il est pour la plupart financé par la communauté internationale mais aussi parce que le concept du genre de démocratie dont nous avons besoin, semble être influencé par l'extérieur – d'où la tendance à promulguer des lois en ayant certaines personnes en tête.
Au fait, lors du référendum les gens ont voté pour une Constitution qu'ils n'avaient pas vue. Et puisque, la veille du référendum, il y avait quatre textes constitutionnels différents, ceux qui en avaient vu un, ne savaient pas lequel ils approuvaient.
Il y a chez le peuple la volonté et l’enthousiasme d’aller aux urnes dans le but de régler la crise de la légitimité. Pourtant, il devient de plus en plus évident que l'état actuel des choses rendra hors de question des élections libres et justes. Ceux qui se voient gagnants sont d'avis que la qualité des élections n'a aucune importance – à l'avenir, les choses iront mieux.
À l'heure actuelle, ce qui importe est de démarrer. En raison de la nature manipulatrice de la Politique congolaise, qui est basée sur le concept de gagner « sur » plutôt que « avec », il est difficile de parvenir à un accord sur le besoin d'établir une atmosphère politique positive, qui serait acceptable à tous et qui favoriserait un processus électoral acceptable et donc crédible.
Les résultats seront certainement contestés. L'institution pour aplanir les conflits, la Cour Suprême de Justice, a déjà été discréditée aux yeux de plusieurs acteurs. Le nombre élevé de candidats est, en grande partie, dû à la conception – et au fonctionnement – de la politique comme seul moyen d’avoir accès à des revenus.
Pambazuka News : On sait pertinemment que la participation de puissances étrangères – régionales et internationales, alimente la crise en RDC ; dans quelle mesure les intérêts de ces dernières vont-ils influer sur ce scrutin ?
Ernest Wamba dia Wamba : Le point le plus important est que, pour la première fois, il paraît exister un consensus international sur l’importance de tenir des élections, même si cela ne sera qu’un geste symbolique. Les peuples respectifs des pays qui financeront les élections, pourraient exiger des éclaircissements si les élections n’aboutissent pas.
Il semble donc, de par le caractère précipité des procédures électorales, que certaines puissances souhaitent que certaines personnes bien précises soient élues, des personnes qui puissent garantir leurs intérêts qui seraient donc sauvegardés même en cas d'instabilité. On souhaite que ces puissances aient la volonté de discipliner les pays alliés voisins du Congo.
Pambazuka News : Le potentiel énorme de la RDC est souvent évoqué. Pourtant, le pays fait face à de très grandes difficultés : ses infrastructures sont détruites ; il y a encore des combats généralisés, et j’en passe. Y a-t-il quelqu'un qui puisse pourvoir un projet viable de redressement, ou bien après les élections les affaires seront-elles conduites comme à l'accoutumée?
Ernest Wamba dia Wamba : Nous sommes plusieurs à nous poser la même question. Le gouvernement transitoire ne s'est même pas rendu compte de la situation catastrophique dans laquelle se trouve le pays ; ainsi il n'en a pas fait part au monde extérieur.
Le pays a donc été privé d'une solidarité générale qui aurait mis l’accent sur la manière de sortir le pays de cette situation de crise et qui aurait élaboré un projet dans ce sens. Non seulement les candidats qui semblent être conscients de cet impératif sont-ils peu nombreux mais ils sont aussi loin de savoir quels efforts promouvoir après les élections.
Je voulais me porter candidat aux élections présidentielles pour m'assurer que cet aspect-là soit inclus dans les débats sur la campagne électorale. Ma candidature figure parmi les 40 à être rejetées pour refus de payer la caution de 50,000 dollars, (taxe ou tarif trop élevé pour exercer son droit d'être candidat : cela encourage évidemment les pillards - présents et passés – ainsi que les fantoches). Nous militons toujours ensemble dans ce sens et ferons bientôt une déclaration publique à ce sujet.
Pambazuka News : Quelles devraient être les cinq premières priorités de tout gouvernement nouvellement élu ?
Ernest Wamba dia Wamba : Je crois que le cadre général devrait inclure deux tâches globales essentielles : d’abord déclarer que le pays se trouve dans une situation de crise, et formuler un projet pour s'en sortir, projet qui serait fondé sur la participation collective ; et puis commencer dès le niveau de base la construction de l’État qui serait différent de celui – maintenant décomposé – qui avait été bâti selon le modèle colonial.
Les priorités devraient inclure : l'amélioration dramatique des structures fiscales (il est facile de dépenser de l'argent, mais difficile de le trouver, surtout quand le pays se trouve dans les conditions actuelles) ; aborder avec urgence la réhabilitation des infrastructures liées à l'économie, avec pour but d'intégrer les divers secteurs du pays ; stopper toutes les fuites, surtout les structures de pillage (mines, pétrole, bois et ainsi de suite) ; reconstruire des appareils étatiques, en faisant participer les gens (réduire les effectifs en matière de gouvernement et d’administration) ; faire des efforts considérables liés à la création d'emplois pour mobiliser les gens.
De plus – là où il s’avère être possible – les gens doivent être déplacés depuis les villes surpeuplées vers la campagne, où ils pourront mettre à l'épreuve la politique agricole et les structures étatiques locales qui sont actuellement en phase de construction. On espère que l'appel à la solidarité pourrait mener à un arrêt temporaire du remboursement de dettes.
Pambazuka News : En informant la Commission des Droits de l'Homme de l'ONU en mars 2006, Marie-Madeleine Kalala, Ministre des Droits de l'Homme en RDC, a déclaré qu'une Commission pour la Vérité et la Réconciliation avait été établie, ainsi qu'un institut national de surveillance pour les droits de l'homme. Cela avait pour but d'identifier les gens responsables des violations des droits humains. Quelle est l'importance de ces processus dans la « guérison » de la RDC ?
Ernest Wamba dia Wamba : On dit souvent que la seule valeur de ces institutions est leur existence. Non seulement sont-elles mal équipées, avec des incompétents ou des gens qui ne savent guère en quoi consiste la réconciliation mais elles comprennent aussi des personnes qui s'avèrent être les fantoches des forces qui craignent la vraie réconciliation. Rien de concret ne s'est produit qui témoignerait d'une vraie tentative de réconciliation chez les Congolais. Aucune cérémonie –même au niveau présidentiel, ni même seulement symbolique – n’a eu lieu.
Pour être efficace, la réconciliation doit impliquer, tout d'abord, les dirigeants eux-mêmes qui devront être prêts à taire leurs propres doutes, à pardonner et à prêter l'oreille à toutes sortes de griefs. La réconciliation ne peut pas se faire à huis clos. Tout le processus de guérison est encore à se mettre en marche et à se faire.
Au fait, la plupart des Congolais comptent sur les audiences de la Cour de Justice Internationale pour faire juger les criminels. Il n'est pas facile d'identifier ceux qui sont responsables d’avoir violé les droits de l'homme, lorsque ces derniers sont au pouvoir.
Je connais, en fait, des militants des droits de l'homme qui ont été menacés parce qu’ils avaient identifié certains violateurs des droits de l'homme ; certains ont dû quitter le pays. Si des archives peuvent être organisées discrètement pour être utilisées lorsque certains chutent du pouvoir, peut-être que cela sera une bonne chose ; pourtant, ceci n'aborde pas encore le vrai sujet de la guérison.
Pambazuka News : En fin de compte, l'on pourrait dire que la situation de la RDC est unique, étant donné d’abord la nature complexe du pays ainsi que le rôle des acteurs internationaux et régionaux. Pourtant, la solution semble être de dire que si l’on organise des élections, tout ira bien. La nature complexe du pays a-t-elle été suffisamment prise en compte ?
Ernest Wamba dia Wamba : Il est vrai que la communauté internationale étaye la thèse que si l’on tient des élections, tout s'arrangera. Cela semble être la seule façon de justifier le néocolonialisme de nos jours. Aussi la plupart des recommandations ne sont-elles pas précises. Tout ce qui se fait ailleurs, y compris les soi-disant mesures économiques post-conflit, est considéré comme étant la mesure clé qu’il faut appliquer partout et n’importe où.
On ne peut s'attendre à grande chose dans un pays complexe dont les dirigeants ne savent presque rien sur l'histoire du pays et où les conseillers ne pensent qu'à s'enrichir. Ceux qui détiennent actuellement le pouvoir, sont en fait hostiles à tout intellectuel congolais qui pourrait contribuer d’une autre façon. Les universités sont vouées à la pourriture.
Les étrangers (de tendance politique partisane) ne font pas non plus attention au caractère complexe du pays, même pas aux besoins à long terme du pays. Le résultat est que le pays se retrouve dans une situation catastrophique. Il faut absolument transformer la manière de diriger qui a prévalu dans le passé.
Il nous faut l'émergence d'intellectuels sincèrement dévoués, suffisamment patriotes, voulant vraiment présenter un programme contenant une vision pour s'attaquer pleinement aux problèmes du pays, tout en spécifiant les intérêts à court et à long termes par rapport aux intérêts de puissances et de pays étrangers.
Pour donner priorité aux détails d’un programme gouvernemental, il faut un projet sérieux. Il faut une cellule de réflexion qui s'adonne à la tâche de déterminer ce qu’il conviendra de savoir et d’entreprendre par la suite si l’on veut redonner au pays sa place réelle sur le continent africain et dans le monde. Je me ferais un plaisir de participer à ce travail.
* Professeur Ernest Wamba dia Wamba est historien ; il a enseigné au sein de plusieurs universités dont Harvard et l'Université de Dar-Es-Salaam.
* Entrevue réalisée par voie électronique. Veuillez faire parvenir vos commentaires à : editor@pambazuka.org
Texte français traduit en anglais sous la direction de Vanessa Everson de l’Université du Cap par Kesini Murugesan et Frances Chevalier
Crise ivoirienne : Gagner dans l’honneur ou perdre dans la dignité
2006-06-14
Emmanuel Y. Boussou
La Côte d’Ivoire s’achemine vers des processus cruciaux pour le retour à une paix durable : désarmement, identification, élections, etc. Pour Emmanuel Y. Boussou, il est grand temps que les élites politiques ivoiriennes arrêtent de pointer un doigt accusateur vers les « autres » et de s’adonner à une sincère autocritique. L’intérêt de la Côte d’Ivoire, estime t-il, doit être hissé au-dessus des préoccupations partisanes d’individus souvent en rupture de ban avec le vrai peuple pour qui ils prétendent agir. Emmanuel Y. Boussou dresse dans cet article les conditions pour la tenue d’un processus électoral consensuel, le règlement de la question de la citoyenneté et, en définitive, pour réussir une véritable reconciliation nationale.
La crise que connaît la Côte d’Ivoire depuis plus de trois ans et demi s’est exprimée, certes, sur le terrain militaire au début. Elle a été, ensuite, marquée d’échauffourées sporadiques entre les forces loyalistes au régime d’Abidjan et le mouvement rebelle.
Cependant, ce qu’il est permis d’observer dans ce pays depuis septembre 2002 n’est pas, à notre avis, un conflit militaire classique ou une guerre civile. Il ne s’agit pas, non plus, d’une lutte de libération nationale engagée par le pouvoir ivoirien contre l’ancienne puissance coloniale.
Compte tenu de sa forte charge émotionnelle, l’argument de la lutte de libération est très séduisant et a valeur d’exutoire. Mais, s’il est vrai que la crise ivoirienne constitue un enjeu de géostratégie ou d’intérêts économiques pour l’ancienne métropole, on ne saurait faire du rôle de la France la trame principale de ce conflit.
Eu égard à son histoire, à ses atouts économiques et à sa dimension dans l’espace francophone ouest-africain, la Côte d’Ivoire et la crise sociopolitique qu’elle vit appellent une intervention française, qui, dans ce cas précis, a été souhaitée, suscitée, voire requise par le régime ivoirien.
De fait, ne voir que la présence de la France dans ce conflit ou situer la crise dans la seule perspective de rapports antagonistes entre l’ancienne puissance coloniale et le pouvoir politique ivoirien c’est vouloir soustraire les Ivoiriens de leur responsabilité dans la gestion de leur pays. Envisager la Côte d’Ivoire comme une nation indépendante et souveraine suppose que les problèmes auxquels elle est confrontée s’apprécient, sans complexe, dans leur portée endogène.
De plus, les enjeux au cœur du conflit actuel, à savoir le pouvoir politique, sa gestion et son renversement par la voie des armes, se sont déjà exprimées à travers une crise de même nature en décembre 1999, avec un parti politique et un leadership autres que ceux d’aujourd’hui, sans que l’on parle d’une entreprise de recolonisation de la Côte d’Ivoire par la France. La différence porte sur le fait que le coup d’Etat de 1999 a réussi, alors que celui de 2002 a échoué et s’est transformé en une rébellion.
Comme explication première de la crise, l’argument tiré des antagonismes internes opposant des acteurs ivoiriens (formations politiques traditionnelles et groupes armés) pour la prise, l’exercice et la conservation du pouvoir politique nous semble beaucoup plus plausible.
A notre avis, il se défend plus amplement que celui prenant pour objet des centres extérieurs qui téléguideraient des politiques ivoiriens en vue du contrôle des ressources du pays ou armeraient d’anciens soldats pour lancer une action militaire dont la réussite n’est guère garantie à l’avance. Si une telle assertion est soutenue dans des cercles politiques ivoiriens et relayée par des réseaux d’intellectuels africains, elle se construit plus sur des appréhensions que sur des faits.
Il est vrai que chaque chapelle politique ivoirienne entretient des relations suivies avec des membres de la classe politique et des industriels français. Mais cela ne nous autorise pas à percevoir une collusion française automatique avec certaines forces en présence dans le jeu politique ivoirien au détriment du régime d’Abidjan.
Il faudrait noter que si dans la plupart des pays africains l’armée s’introduit de force dans la politique, en Côte d’Ivoire, ce sont des forces politiques qui, d’une manière ou d’une autre, ont propulsé des groupes armés dans l’arène politique.
Par-dessus tout, il nous semble bon d’éviter d’exonérer les acteurs politiques ivoiriens de leur responsabilité dans l’origine et la gestion de la crise pour ne voir qu’une main extérieure dans ce qui constitue, en dernière instance, une lutte pour le pouvoir politique.
La crise ivoirienne s’est manifestée à travers un coup d’Etat qui a échoué et qui s’est ensuite mué en une occupation d’une partie du territoire national. Ceci traduit la dimension essentielle du conflit, qui porte sur le pouvoir politique et tourne autour de sa prise de force ou de droit, sa gestion et sa conservation par tous les moyens, y compris l’usage de la violence.
Cependant, la solution militaire ayant fait la preuve de ses limites, l’organisation d’élections ouvertes, équitables et transparentes se donne comme l’une des issues les plus appropriées de la résolution de la crise. La tenue d’élections suppose, en principe, l’acceptation d’une compétition à la loyale à la suite de laquelle il y aura un vainqueur et un vaincu.
Une élection présidentielle, est-il besoin de le noter, est une échéance, qui débouche sur un mandat confié à un homme ou une femme limité dans le temps. Elle n’est pas un processus, mais un événement. Elle ne fige pas la vie nationale. Elle porte sur un cycle qui se renouvelle au bout de cinq ans. On peut perdre une élection présidentielle à une échéance donnée et la remporter à l’occasion d’une autre.
Les protagonistes de la crise ivoirienne, les partis politiques principalement, donnent l’impression de ne s’accorder que sur la tenue d’élections qu’ils seront assurés de remporter. S’il est légitime que des forces politiques envisagent la victoire à l’issue d’un scrutin comme un objectif ultime, leur propension à exclure, voire nier, toute éventualité d’échec ne peut que disposer leurs partisans au radicalisme politique et à la violence. Aucun parti politique ne s’avoue vaincu au départ d’une compétition électorale, mais la victoire ne peut s’obtenir à tous les prix !
Au départ d’un processus électoral, l’idée de la victoire implique également celle de l’échec. Pouvoir gagner autant qu’échouer constitue l’énigme, mais aussi l’essence d’une élection. Sans échec, il n’y a pas de réussite, parce qu’il n’y a simplement pas de compétition. En outre, on ne peut se soumettre à une épreuve lorsque, à l’avance, on en est proclamé vainqueur !
Une telle compétition est une farce et ne garantit, sur le plan politique, aucune légitimité. En revanche, elle constitue la voie tout tracée pour l’installation d’un pouvoir dictatorial qui, tôt ou tard, suscitera la répulsion de la population, se maintiendra dans la terreur ou donnera lieu à une contestation violente.
L’intention de certains cercles politiques de remporter à tout prix le scrutin présidentiel prochain est l’une des explications de blocages réels ou potentiels de la transition. De plus, elle constitue un inhibiteur principal de la réconciliation. Elle justifie les surenchères et chantages qu’il nous a été donné d’observer de la part des protagonistes principaux depuis la signature des accords de Linas-Marcoussis.
Elle porte, aujourd’hui, sur les enjeux de l’identification et du désarmement, de leur concomitance souhaitée ou rejetée et de questions connexes de nationalité et de citoyenneté. Sur certains de ces points, principalement l’identification, la nationalité et la réconciliation, nous voudrions offrir quelques pistes de réflexion.
1. Identification et constitution du collège électoral
L’opération d’identification devrait, en principe, être un exercice de recensement général de la population à l’issue duquel l’autorité publique obtiendra des indicateurs sur les différentes configurations démographiques du pays. En outre, il devrait permettre à chaque habitant de la Côte d’Ivoire d’obtenir des pièces d’identité. Comme telle, l’identification est un exercice technique dont l’utilité pratique se démontre dans divers domaines de gestion de la vie nationale.
L’identification semble, cependant, poser problème dans l’interprétation que font certains milieux politiques de sa dimension relative à la constitution du collège électoral. Ceci parce que la Côte d’Ivoire est un pays dont près de 26% de la population est, selon les chiffres officiels, constitué de non nationaux.
Comme toute nation accueillant une forte proportion d’immigrés, les questions d’identité, de nationalité et de citoyenneté s’y posent avec acuité et sont d’une extrême délicatesse. Par ailleurs, des revendications identitaires, de déni de nationalité ou de citoyenneté suscitent des débats passionnés dans ce pays depuis des années. Qu’une propagande sur ces questions sensibles serve de fonds de commerce politique et braque les esprits ne relève que d’un truisme !
Dans un tel décor, il n’est pas surprenant que des échos de soupçons de manipulation de l’opération d’identification dans la perspective de l’échéance électorale proviennent de différents états-majors politiques. Les uns suspectent un processus qui pourrait accroître, outre mesure, le collège électoral pour favoriser un camp, lorsque les autres pensent qu’une grande partie de nationaux proches de leur parti en seraient exclus à leur détriment et au bénéfice de leurs adversaires politiques.
A notre avis, la ligne médiane ici devrait être celle qui prendrait pour point de départ les recensements précédents et singulièrement ceux ayant donné lieu à la constitution des collèges électoraux de 1990, 1995 et 2000. Après quoi, on opérera les ajustements démographiques naturels qui sont : l’expurgation de cas de décès, de changements de nationalité, d’individus frappés d’incapacités ; les rajouts de cas de personnes ayant atteint la majorité, de naturalisés remplissant les obligations de stage, etc.
Si des citoyens estiment qu’ils ont été indûment retirés des fichiers électoraux, ils devraient soumettre des requêtes qui feront l’objet de la plus grande attention de la part des autorités compétentes en vue de procéder aux corrections requises.
Cette approche est fondée sur l’évolution naturelle du collège électoral ivoirien, elle-même liée aux contours de la population générale du pays. Elle part également du principe que la liste électorale n’a pas fondamentalement été contestée depuis 1990. De plus, le mouvement régulier du collège électoral ivoirien, même en y incluant les personnes âgées entre 18 ans et 21 ans en 1990 et 1995, peut être apprécié aisément depuis 1990, année électorale pendant laquelle seuls les nationaux ivoiriens ont été autorisés à voter.
Il est possible de dresser mathématiquement, statistiquement et démographiquement les grandes configurations du collège électoral ivoirien aujourd’hui, puisque les banques de données sur la population ivoirienne utilisées les années précédentes sont disponibles à Abidjan.
En se fondant sur la progression normale de la population ivoirienne, on peut opérer des projections en vue d’avoir une idée plus ou moins exacte des chiffres généraux de la population en âge de voter. Il existe un taux de croissance de cette population, tout comme on peut tracer une courbe de la progression du collège électoral ivoirien.
Toute opération d’identification qui aboutirait à l’exclusion arbitraire de citoyens ivoiriens de la liste électorale sera un facteur potentiel de troubles sociopolitiques. De même, un collège électoral ivoirien hors de proportions naturelles ne donnerait lieu qu’à des élections contestées, dans le meilleur de cas.
Cela équivaudrait à la reconduction de la logique d’instabilité chronique dans laquelle le pays est installé depuis quelques années. Un tel scénario condamnerait la Côte d’Ivoire à demeurer dans ce que nous appelons pudiquement une situation de ni paix ni guerre qui est, en réalité, un processus de destruction socio-économique et de déconstruction nationale.
2. Séparer la question de la nationalité des enjeux électoraux
La question de l’attribution de la nationalité ivoirienne aux ressortissants de pays africains vivant en Côte d’Ivoire depuis des lustres et qui désirent s’intégrer pleinement et honnêtement à la communauté nationale ivoirienne devrait s’entreprendre dans un esprit de fraternité, de générosité et d’ouverture. Linas-Marcoussis n’était certainement pas le cadre approprié pour réfléchir sainement et sereinement sur cette question cruciale en quelques jours.
Les difficultés d’application des propositions sur la nationalité découlant de ce conclave procèdent, à notre avis, d’une chose : il se profile des enjeux politiques et électoraux derrière l’idée d’appliquer le Code de nationalité d’avant 1972 et/ou de revenir aux dispositions transitoires de l’Administration coloniale à l’Etat indépendant ivoirien relatives au choix de la nationalité ivoirienne par des non Ivoiriens nés en Côte d’Ivoire ou y vivant avant 1960.
La question de nationalité étant de nature sensible, la lier à des enjeux ou impératifs politiques et électoraux ne fait que la compliquer davantage, ce qui en rajoute aux suspicions, ressentiments et récriminations. En dernier lieu, toute solution prise avec des arrière-pensées politiques sur un sujet de cette nature consisterait à jeter de l’huile sur le feu.
Débarrassée de ses oripeaux électoraux, la question de nationalité telle qu’esquissée par Linas-Marcoussis pourrait être envisagée utilement et trouver une voie de solution à travers une procédure spéciale et diligente de naturalisation adossée aux dispositions de stage prévues par le Code de la nationalité.
Le mieux serait de différer une telle procédure de la période électorale qui est elle-même potentiellement sujette à des tensions et convulsions multiples. Elle pourrait être engagée dans une période de sérénité immédiatement après les élections présidentielles de sorte que les nouveaux naturalisés puissent prendre part aux scrutins qui seront organisées cinq ans après leur naturalisation.
Mais, au-delà des prescriptions de Linass-Marcoussis se pose la question de la naturalisation de tous les ressortissants de pays africains vivant en Côte d’Ivoire et qui désirent jouir de la nationalité ivoirienne. La Côte d’Ivoire et ses dirigeants ne peuvent continuer de se voiler la face sur ce problème d’une extrême gravité. La nécessité d’une action politique courageuse tendant à engager une procédure de grande envergure de naturalisation, avec des modalités pratiques souples, simplifiées et accessibles, devient un défi auquel ils devraient faire face.
Il faut partir du prédicat que la plupart des ressortissants de pays voisins vivant en Côte d’Ivoire depuis des années et leurs enfants ne retourneront plus dans leurs pays d’origine. Les propositions de gestion post-crise doivent accorder la priorité à cette question qui recouvrerait ainsi son caractère purement administratif pour cesser de polluer le terrain politique. Dans le cadre de la transition, les sillons de cette action pourraient être tracés.
Le mouvement migratoire ayant marqué les configurations démographiques et sociologiques de la Côte d’Ivoire d’aujourd’hui a une histoire. Il a son origine dans la mise en valeur, dans les années 1930, de la colonie de Côte d’Ivoire avec l’introduction des cultures de café et de cacao. Il a connu son paroxysme pendant les années du miracle ivoirien (1965-1980) et s’est ralenti à partir de la fin des années 1980.
Que la Côte d’Ivoire soit différente des autres pays ouest-africains dans ses traits démographiques marqués par la migration est un fait sociologique qui s’explique aisément et doit être assumé pleinement ! Il est vrai que rien aujourd’hui ne permet d’affirmer que cette nation continuera d’attirer, de manière significative, des ressortissants d’autres pays de la sous-région.
Par ailleurs, un processus irréversible d’urbanisation de la société ivoirienne amorcé depuis quelques années a donné lieu à une Côte d’Ivoire plurielle dans la symbiose de ses fondements humains, sociologiques et culturels et conduit à l’émergence d’un nouvel espace de partage, d’ouverture et d’intégration.
Prenant son appui sur les apports de socles humains de ce terroir, il ne manque pas moins de se nourrir de la contribution de peuples issus de l’immigration. Ceci constitue une richesse qui doit pouvoir éclore, s’exprimer et s’épandre à la faveur des chances que l’Etat de Côte d’Ivoire saurait offrir avec élan, générosité et ouverture.
Envisager la problématique de l’immigration et ses incidences démographiques sous l’angle de la naturalisation au niveau le plus élevé de l’Etat n’est pas seulement une approche qui tienne compte de l’héritage socioculturel ivoirien ; c’est un devoir moral, autant qu’un impératif de gestion politique. C’est également l’un des moyens les plus indiqués pour soustraire cette question délicate des contingences politiques et enjeux électoraux.
3. De la réconciliation
Une question anodine nous vient à l’esprit lorsque nous pensons aux dommages causés par cette crise à la communauté nationale ivoirienne : comment un peuple si affable, symbiose d’autant d’expressions du génie humain, doté d’un humour formidable comme la marque de sa foi en la vie, a pu se laisser ronger par le virus de la haine, sur des questions de gestion politique, qui relèvent, en principe, de préoccupations d’une élite dont il est généralement coupé ?
La réponse immédiate est qu’aucun équilibre n’est permanent et que dans le processus de construction nationale des Etats légués par la colonisation, le plus petit incident peut donner lieu à d’inextricables convulsions.
En écoutant des Ivoiriens ressasser les atrocités commises au début de ce conflit sur des populations civiles et en prêtant l’oreille à leurs ressentiments et récriminations vis-à-vis de ceux qui prônent le dialogue avec les rebelles, on se rend compte de l’ampleur de la crise et de la profondeur des douleurs qui en résultent.
Il se dégage également un constat : la propension de certains milieux politiques ivoiriens à trouver nécessairement les responsables de nos malheurs en leurs adversaires ou hors des frontières ivoiriennes. Ceci laisse apparaître une autre dimension de ce conflit : notre incapacité de reconnaître nos propres responsabilités dans la destruction de notre pays !
De tout cela nous faisons la déduction suivante : si la crise porte essentiellement sur le pouvoir politique, les cheminements qu’elle a empruntés pour s’exprimer, les torts dont ses auteurs se sont déclarés redresseurs, les dommages qui ont été causés à la cohésion nationale et les états d’âme qu’elle a générés sont énormes, complexes et multidimensionnels.
A notre avis, la gestion de la crise et de l’après-crise devrait comporter un volet sur le désarment mental et le reconditionnement psychologique des Ivoiriens.
En effet, de quel que côté qu’on se place, on arrive au constat que le drame ivoirien n’est pas seulement physique et visible : un traumatisme énorme est vécu par la population ivoirienne dans toute sa composante. Dans sa majorité, la société ivoirienne est meurtrie, autant qu’elle est fragmentée et instrumentalisée aux fins de luttes politiques dans lesquelles elle n’est pas nécessairement partie prenante.
Cette crise a détruit ce qui constitue la base de la convivialité ivoirienne, c’est-à-dire la confiance. La confiance comme fondement du vivre ensemble ; la confiance entre les acteurs principaux de la classe politique à propos d’un minimum acceptable pour l’animation d’une vie politique régulière ; la confiance entre les différentes communautés humaines du pays dans ce qu’elles nourrissent comme attentes, aspirations, voire convictions, par rapport au devenir de la nation et aux chances d’épanouissement qu’elle leur offrirait.
A notre avis, plutôt que de clamer que la Côte d’Ivoire est debout, les acteurs politiques principaux du pays devraient s’engager dans une introspection beaucoup plus profonde, pour apprécier l’état de déliquescence dans lequel se trouve la nation ivoirienne. Ceci pourrait constituer le premier pas vers la réconciliation.
Aussi longtemps que les leaders seront peu enclins à reconnaître leur responsabilité dans la crise et ses conséquences sur les fissurations du tissu social ivoirien, les populations, qui se reconnaissent en eux, seraient incapables d’aller à la réconciliation des cœurs et des esprits ! La logique de l’action des leaders politiques est naturellement celle de la contention faite de dénégations, contradictions et polémiques.
Mais, le jeu politique régulier n’est possible que dans un environnement social apaisé. Ici, il est plutôt question de chercher à reconstruire ce qui a été détruit, œuvrer à renouer les fils du dialogue rompu, contribuer à retrouver la foi en nous-mêmes, la confiance entre nous, dans l’humilité. Les leaders politiques devraient éviter de se laisser aller à des déclarations qui sont de nature à susciter des controverses ou à inciter leurs partisans à des positions radicales.
Par ailleurs, il faudrait convenir qu’aucun leader politique n’a fait amende honorable, en s’engageant, depuis le déclenchement de cette crise, dans un acte sincère de contrition ; aucun camp des protagonistes principaux n’a trouvé nécessaire de se remettre en cause et demander formellement pardon aux Ivoiriens et leur promettre que plus jamais il n’entreprendrait directement ou indirectement d’actions de nature à porter atteinte au peuple de Côte d’Ivoire dans les valeurs qui le fondent ou dans son intégrité. Aucun camp n’a lancé d’appel solennel à ses partisans les invitant à embrasser résolument le parti de la réconciliation.
Quant à un élan d’ouverture, de tolérance et d’altruisme vis-à-vis de ses adversaires, aucun parti ne semble l’inclure dans ses choix politiques actuels. Cependant, cet acte d’exorcisme collectif, d’humilité et de dépassement de soi devrait être suscité par les grandes formations politiques, ainsi que les responsables de la rébellion, de manière résolue, honnête et sincère, pour conjurer la haine et recréer les conditions de la convivialité ivoirienne.
La réconciliation entre Ivoiriens s’entreprend avec le principe de reconstruction d’une société ivoirienne inclusive, cohésive et démocratique. Elle part d’un impératif : que la Côte d’Ivoire soit placée au-dessus des partis politiques et des ambitions de leurs leaders !
Si nous situons la Côte d’Ivoire au-dessus de tout, la question de la formation politique ou du leader qui la dirigera à l’issue des élections prochaines serait secondaire, voire négligeable. En effet, pour que nous envisagions la problématique de la désignation de l’équipe dirigeante à laquelle sera confiée la destinée de ce pays à l’issue des consultations électorales prochaines, il faudrait qu’il existe d’abord dans son entièreté et qu’il constitue un espace sociopolitique apaisé.
New York, le 30 mai 2006.
*Emmanuel Y. Boussou est le pseudonyme d'un Ivoirien en service dans une organisation internationale. Sociologue de formation, il fait publier des articles sur la situation politique de la Côte d'Ivoire en sa qualité de citoyen de ce pays.
*Voir aussi nos précédentes publications sur le même sujet, en français :
-http://www.pambazuka.org/fr/category/features/33766
-http://www.pambazuka.org/fr/category/features/34347
et en anglais :
-http://www.pambazuka.org/en/category/comment/33854
-http://www.pambazuka.org/en/category/features/33766
*Veuiller envoyer vos commentaires à : editor@pambazuka.org
Les droits des femmes en Islam
2006-06-13
Khédija El Madani
Du 22 juin au 2 juillet prochain, le sommet de l’Union Africaine va se tenir à Banjul. En marge du sommet, Solidarity for African Women’s Rights (SOAWR), va mener une série d’activités dans le cadre de sa campagne pour la domestication du Protocole relatif aux droits des femmes en Afrique. Dans cette dynamique, Khédija El Madani défriche pour Pambazuka News les textes de lois de l’Islam et fait ressortir que la femme s’y voit accorder tous les droits. Pour El Madani « il est donc temps de revenir au vrai Islam, de suivre les préceptes du Coran et d'agir selon l'exemple de notre Prophète qui a toujours respecté la femme ».
S'il est un sujet qui fâche, c'est bien celui des droits des femmes en Islam.
Autant les Occidentaux et autres occidentalistes présentent, dans leur grande majorité, l'Islam comme l'ennemi des femmes et comme la religion qui leur dénie leurs droits les plus élémentaires, autant les musulmans, radicaux ou modérés, soutiennent que l'Islam a accordé aux femmes tous leurs droits.
Qui a tort ?
Et qui a raison ?
En fait, les tenants de chaque camp ont à la fois tort et raison car, s'il est avéré que l'Islam a constitué une véritable révolution dans le domaine des droits des femmes lors de sa révélation, en donnant aux femmes la dimension humaine que leur déniaient les us et coutumes de l'Arabie pré-islamique, qui reconnaissaient aux pères droit de vie et de mort sur leurs filles et réduisaient la veuve à un objet de la succession, dont héritait la parentèle de l'époux défunt, il est tout aussi indéniable que, au fil du temps, l'interprétation restrictive, et parfois même contraire à la parole divine, de certains ulémas a retiré à la femme ses droits, les uns après les autres.
La meilleure preuve de cet état de fait est la thèse soutenue par nombre d'exégètes (foukahas) selon laquelle c'est Eve qui est coupable du péché originel et responsable de l'expulsion d'Adam du Paradis alors que cette thèse, propre aux deux autres religions monothéistes, le judaïsme et le christianisme, non seulement n'existe pas dans la religion musulmane mais est clairement contredite par le Coran.
Ainsi, les versets de la sourate "Les limbes" (الأعراف) affirment de façon claire et précise, qui ne peut prêter à nulle équivoque, que ce sont en même temps Adam et Eve qui ont été tentés par Satan et que ce sont eux deux qui ont succombé à la tentation et désobéi aux injonctions divines.
"Le Diable leur suggéra à tous deux …" (verset 20 "فوسوس لهما")
" Et il leur jura…" (verset 21 "و قاسمهما")
"Alors il les fit tomber par tromperie …et leur seigneur les appela: ne vous ai-je pas tous deux interdit cet arbre? Et ne vous ai-je pas dit que le diable était vraiment pour vous deux un ennemi déclaré" ? (ver set 22
"فدلّهما بغرور...و ناداهما ربّهما ألم أنهكما عن تلكما الشجرة و أقل لكما إن الشيطان لكما عدو مبين").
"Tous deux dirent …" (verset 23 "قالا...").
Cet exemple illustre parfaitement à quel point plusieurs d'exégètes musulmans se sont éloignés des préceptes coraniques jusqu'à soutenir le contraire de ce qui est affirmé dans le saint Coran.
Et c'est dans le domaine du statut de la femme dans la famille que se traduit le plus cette contradiction entre l'Islam et l'éxégèse réductrice qui en est souvent faite.
C'est ainsi que la question des droits de la femme dans la sphère familiale, au lieu d'être appréhendée d'une façon globale, dans le cadre des préceptes et principes établis par le Coran et par la tradition du Prophète Mohamed, est considérée d'un point de vue restrictif et est, en quelque sorte, "délocalisée", isolée de l'ensemble harmonieux des règles et des injonctions divines et traitée de façon indépendante, ce qui a eu pour résultat de fausser complètement les choses et de priver les femmes des droits que Dieu leur a accordé.
Ainsi, petit à petit, la femme fut privée de la lumière du savoir, emprisonnée entre les murs de la maison et soumise aux ordres de son époux et tenue d'obtempérer à tous ses caprices sous peine de répudiation, au nom de l'Islam, comme si elle n'a que des devoirs par rapport à l'homme qui paraît n'avoir que des droits alors que le Coran affirme clairement qu'elle a autant de droits que de devoirs.
(verset 228 sourate La Vache "و لهن مثل الذي عليهن بالمعروف")
Par ailleurs, le Coran exhorte les hommes à bien traiter leurs épouses : "Traitez-les avec bienveillance (verset 19 sourate Les Femmes "و عاشروهن بالمعروف").
- "Gardez- les de façon convenable ou séparez-vous d'elles de façon convenable".
(verset 2 sourate Le Divorce"فامسكوهن بمعروف أو فارقوهن بمعروف" ).
- Et il leur fait interdiction de leur porter préjudice : "Ne cherchez pas à leur nuire…".
(verset 6 sourate Le Divorce ("و لا تضاروهن..".
- " Ne les retenez pas abusivement" (verset 231 sourate La Vache "و لا تمسكوهن ضرارا..." ).
Dans le même temps le Coran fait du mariage un lien solennel.
- " Elles ont obtenu de vous un pacte solide" (verset 21 sourate Les Byzantins "و أخذن منكم ميثاقا غليظا").
Et dans le même ordre, il présente les époux comme étant chacun un vêtement pour l'autre :
-"Elles sont un vêtement pour vous et vous êtes un vêtement pour elles" (verset 187 sourate La Vache "هنّ لباس لكم و أنتم لباس هن").
De même que le Coran place le mariage sous le sceau de "l'affection et de la miséricorde" (verset 21 sourate les Byzantins).
D'un autre coté, Dieu a mis les femmes et les hommes sur un pied d'égalité absolue, leur promettant pareillement le Paradis en récompense de leurs bonnes actions et les menaçant également de l'enfer de la Géhenne en punition de leurs mauvaises actions ainsi que l'indiquent plusieurs versets du Coran :
" Celui qui a fait une bonne action, qu'il soit de sexe masculin ou féminin, ceux-la entreront au Paradis" (verset 40 sourate Le Pardonneur.
" من عمل صالحا من ذكر أو أنثى و هو مؤمن فأولائك يدخلون الجنة").
- " Celui qui accomplira de bonnes actions qu'il soit de sexe masculin ou féminin…". (verset 124 sourate les Femmes
"و من يعمل الصالحات من ذكر أو أنثى" ).
- " Il punit les hypocrites hommes et femmes et les mécréants et les mécréantes" (verset 6 sourate La Victoire
"و يعذّب المنافقين و المنافقات و المشركين و المشركات" ).
Par ailleurs, n'oublions pas que le Coran a octroyé à la femme des droits économiques égaux à ceux de l'homme en lui reconnaissant la liberté et la capacité de gérer ses biens sans main-mise du père, du frère ou du mari et des droits politiques en lui permettant de faire allégeance au Prophète, à l'instar des hommes.
Il convient de rappeler, d'autre part, que Dieu a créé l'homme et la femme d'une seule et unique âme : " O gens, craignez Dieu qui vous a créé d'une même âme " (verset 1 sourate Les Femmes "يا أيها الناس اتقوا ربكم الذي خلقكم من نفس واحدة").
Par voie de conséquence, lorsque, l'homme avilit la femme et lui porte préjudice c'est lui même qu'il avilit et c'est à lui- même qu'il porte préjudice.
C'est pourquoi prétendre que l'Islam fait de la femme un être inférieur par rapport à l'homme tient du blasphème. Femmes et hommes ont été créés par Dieu afin qu'ils Le vénèrent et les meilleurs parmi Ses créatures sont celles qui font montre de piété, sans égard aucun à leur sexe.
- "Les meilleurs d'entre vous sont les plus pieux (verset 13 sourate Les Cloisons "ان أكرمكم عند الله أتقاكم" ).
Ce n'est donc nullement en fonction du sexe biologique que Dieu traite Ses créatures mais uniquement en fonction de leurs actions et eu égard à leur rôle social.
En conclusion, j'affirme haut et fort que les raisons pour lesquelles la femme musulmane est privée de certains de ses droits fondamentaux ne sont nullement imputables à l'Islam mais tiennent à l'interprétation inexacte de certains ulémas et que la quasi-majorité des traditions sexistes prétendues découler de la religion musulmane n'ont en réalité aucun lien avec elle et lui sont même souvent absolument contraires.
Il est donc temps de revenir au vrai Islam, de suivre les préceptes du Coran et d'agir selon l'exemple de notre Prophète qui a toujours respecté la femme.
*Veuillez envoyer vos commentaires à : editor@pambazuka.org
Arts & livres
Afrique : L’abolition de l’esclavage - Cinq siècles de combats
2006-06-13
http://www.africatime.com/afrique/
Si la traite négrière et le système esclavagiste du XVe au XIX siècle ont récemment été reconnus par la France et par l’ONU comme des crimes contre l’humanité, ils constituent pourtant l’un des aspects de l’histoire les moins bien transmis. La colonisation, à laquelle ils sont étroitement liés, a très longtemps souffert de silences ou d’interprétations erronées qu’il est encore difficile de surmonter.
Cameroun : Ecrans Noirs, 10 ans d'actions
2006-06-13
http://fr.allafrica.com/stories/200606130036.html
Les projecteurs des 10e Ecrans noirs se sont éteints très tard dans la nuit du 3 au 4 juin 2006 à Yaoundé, nonobstant un sabotage d'électricité de la cérémonie de clôture. Rendez-vous est pris du 2 au 9 juin 2007 pour la 11ème édition. Reste en mémoire cette décennie d'action cinématographique dans la ville aux 7 collines.
Sénégal : Résistantes sénégalaises à l’esclavage arabe
2006-06-13
http://www.grioo.com/info7048.html
Voilà un fait particulièrement tragique resté longtemps dans la mémoire des Sénégalais. L’histoire des femmes de Nder qui, un mardi du mois de novembre 1819, se sacrifièrent collectivement pour ne pas tomber entre les mains d’esclavagistes maures. Un bel acte de résistance à découvrir dans le livre de Sylvia Serbin, Reines d’Afrique et héroïnes de la diaspora noire, éditions Sépia.
Blogs africains
Les blogs africains cette semaine
2006-06-13
Cherynne Carayan
Dans ce petit coin de “Blog Francophone” je vais vous parler d’une selection de blogs ecrits en français sur l’Afrique et vous raconter un peu chaque semaine sur des sujets qui me paraissent interessants.
‘le pangolin’ (http://lepangolin.afrikblog.com/archives/2006/05/29/1980303.html)
continue sa discussion sur les frontières africaines héritées de Berlin (1885).
Il présente des arguments non pas pour gommer toutes les frontières actuelles sinon pour renouvelé le débat en général.
« Là où je suis contre les mêmes frontières actuelles, c’est parce que d’un point de vue anthropologique et psychologique, elles enferment dans un carcan idéologique et illusionniste la vision unitaire de l’Afrique. On ne peut pas bâtir l’unité africaine, celle des peuples avec des souverainetés qui se concurrencent.
Si les pays africains n’acceptent pas le principe de l’appartenance commune et surtout celui de l’ingérence interafricaine, alors l’Occident continuera à s’ingérer dans nos problèmes sans grand risque. Tout cela, c’est parce qu’il sait bien ce que valent nos pays : des factices républiques car c’est l’Occident qui a divisé nos pays pour mieux régner sur le continent pris dans sa globalité mondiale. »
Il est pour des Etats-Unis d’Afrique par zone géographique ou linguistique, par exemple une union entre Angola, Cameroun, Congo, Congo D.R., Centrafrique, Gabon, Guinée Equatoriale, Tchad en êtats fédéraux comme l’Afrique centrale, avec une puissance démographique, économique, militaire et éducatif pour protéger ses resources, se défendre et se déveloper.
« Selon moi les avantages sont colossaux...... Le développement fulgurant de la Chine et de l’Inde contraint l’Afrique à se diriger vers cette voie. A vouloir rester dans nos frontières et souverainetés actuelles est une attitude hautement suicidaire car la pression sur les ressources naturelles devient de plus forte presque impossible à tenir. Dans cette configuration l’Afrique detient à elle seule plus de trois-quarts de toutes les resources encore disponibles sur terre et mer. »
‘ForumRéalisance’
(http://realisance.afrikblog.com/archives/2006/06/03/2019048.html)
nous rapelle des dangers de l’appel à la ‘tolérance’ et ce que ceci peut cacher :
« On entend, en ce moment, partout en occident ces appels à la tolérance, ou ces aveux encore plus ambigus à la modération ; et cependant que le racisme et l´extrémisme de droit faisaient des envols vertigineux. La question est toujours, lorsqu´on entend ces appels : à qui s´adressent-ils, et quelle est l´effet qu´on veut atteindre avec eux ? »
Souvent c’est pour sauvegarder les intérêts dominants, et empêcher l’oppressé de défendre ses droits.Il cite par exemple l’esclavage, la colonisation et la prostitution de la femme. Il conclue que la vraie tolérance c’est :
« chercher l´harmonie de la libre réalisation sensible et du respect des libertés autant individuelles que collectives, c´est permettre à chacun et à tous de s´atteler à une vie, une réalisation consciente, plus équitable et plus exigeante de l´existence humaine. »
PrinceduFleuveCongo (http://liondjo.afrikblog.com/archives/2006/05/31/1994240.html)
jette un regard critique sur la Transition en cours dans la République Démocratique du Congo et dont il voit une grande catastrophe menaçant ce pauvre pays extrêmement volatil en raison de tous les mensonges de l’état et que la vérité est absente dans le processus de Transition :
« La vérité est escamotée lorsque nous demandons ce qu’il en est des contrats miniers (300 milliards de dollars potentiellement bradés selon Robert Crem, ex PDG de la Gécamine et 15 milliards de dollars pillés en moins de 10 ans selon le rapport de la Commission Lutundula). La vérité est cachée lorsque nous demandons, avec légitimité, de connaître l’identité de ceux qui briguent un poste publique. Et nous pourrions continuer ainsi sur des pages entières ! »
Il affirme
« que le plus grand souhait du peuple est d’en finir pour toujours avec les sempiternelles souffrances attachées à la mauvaise gouvernance, à la prédation inconsidérée des ressources et des richesses du pays par tous les gouvernants et acteurs socio-politiques qui se sont succédé à la tête de l’état congolais depuis l’indépendance. »
Et il demande
« une rencontre avant le 30 juin 2006 pour une expertise et une correction des erreurs....soulignant qu’elle ne nuira pas au processus et au principal bénéficiaire de ce processus, le peuple. »
Sur le front litéraire, Kangni Alem (http://togopages.net/blog/?p=92)
nous parles de l’écrivain togolais Sami Tchak et ses masques dans ses oeuvres ‘Hermina’ « Roman des fantasmes et des mensonges humains, Hermina, roman des échecs mal assumés mais avoués sans limites, réflexion désespérée sur le sens de la vie et de la création littéraire. »
et ‘Place des fêtes’ « Entre argot, obscénité, nihilisme assumé, cynisme, retournement des clichés (pas trop clair !), Place des Fêtes annonce le décrochage violent et définitif de la nouvelle génération des Noirs issus de l’immigration des valeurs patriarcales. A qui la faute ? »
Il discute de la sexualité dans son oeuvre « à propos des ‘ tendances’ (mot très connoté) de Sami Tchak à travailler la question sexuelle. », et d’une de ses préoccupations dans ces romans : « pourquoi le politique était toujours en retrait dans ses romans, à l’exception de La Fête des masques » . Il nous recommande un lien vers une lecture éclairante de ‘Hermina’ et un qutre vers un entretien qvec l’auteur.
SEMEtt ou l’étincelle noire (http://semet.blogspot.com/2006/06/info-semettsymposium-international.html) nous annonce a Dakar un SYMPOSIUM INTERNATIONAL
Sous le parrainage du Ministère de la Culture et du Patrimoine historique classé de la République du Sénégal
THEME : Communication et société chez les wolof
DATE : du 03 au 06 juin 2006
LIEU : Université Gaston BERGER de Saint Louis du Sénégal
En attendant la suite la semaine prochaine .....
* Cherynne Carayan, Libanaise, est née à Beyrouth en 1963. A partir de 1975, début de la guerre du Liban, elle s'installe à Londres. Professeur de mathematiques, elle a etudié la littérature arabe et africaine (Masters de littérature comparée de SOAS, Londres). Maintenant Cherynne habite l'Espagne et étudie l'Espagnol et envisage de changer de profession et devenir traductrice.
*Veuillez envoyer vos commentaires à : editor@pambazuka.org
Moniteur de l'Union Africaine
Afrique : L’UA pour une éducation pour la paix
2006-06-13
http://www.apanews.net/article.php3?id_article=3535
Le vice-président de la Commission de l’Union africaine (UA) a mis en exergue lundi, l’importance de l’éducation dans la recherche d’une paix durable sur le continent. Patrick Mazimhaka s’exprimait devant la première conférence internationale sur le thème « Stratégies de recherche de la paix dans le développement en Afrique : le rôle de l’éducation, de la formation et de la recherche » dont les travaux se déroulent à Addis-Abeba.
Femmes & genre
Afrique : La fistule obstétricale mine la santé de la femme
2006-06-13
http://fr.allafrica.com/stories/200606121063.html
De plus en plus dans le monde et plus précisément en Afrique, la gent féminine est victime de certains maux dont elle ignorait pour la plupart, l'existence. Parmi ceux-ci, on distingue ceux qui ont directement rapport avec la fonction de reproduction de la femme. C'est le cas de la fistule vésico-vaginale et celle recto vaginale, des anomalies qui touchent de nombreuses femmes.
Global : Mutilations sexuelles féminines, des chiffres intolérables !
2006-06-13
http://www.destinationsante.com/article.cfm?ContentID=15238
Au-delà des souffrances endurées et des risques encourus, les mutilations sexuelles féminines exposent les femmes, et leurs enfants à naître, à de graves complications lors de l'accouchement. Au point que l'OMS part de nouveau en guerre contre ces pratiques. Une décision motivée par les résultats d'une étude auprès de 28 400 femmes de six pays africains : Burkina Faso, Ghana, Kenya, Nigeria, Sénégal et Soudan. Les chiffres sont saisissants, avec une augmentation de 30% du risque de césarienne et surtout de 70% des suites hémorragiques d'accouchement !
Burkina Faso : Les femmes pour l’accès au pouvoir
2006-06-13
http://www.apanews.net/article.php3?id_article=3269
Les femmes leaders et les défenseurs de la cause féminine du Burkina Faso parties prenantes au forum sur la problématique de la présence des femmes en politique, ont demandé mercredi, au Président Blaise Compaoré, de réserver aux femmes au moins 30% des postes dans toutes les instances de décision, sur les listes électorales et dans le management politique.
RDC : Les Congolaises encouragées à se présenter massivement aux élections
2006-06-13
http://fr.allafrica.com/stories/200606121197.html
Une mission parlementaire belge, essentiellement féminine, a séjourné la semaine dernier en République démocratique du Congo. Où les députées belges sont venues échanger avec les Congolaises candidates aux élections prochaines en RDC. Avant de regagner leur pays, ces députées se sont prêtées aux questions du Potentiel. Céline Fremault, députée bruxelloise CDH, président des femmes, dit être venue en RDC, « à quelques semaines de la tenue des élections, encourager les Congolaises à participer massivement à ces scrutins ».
Droits humains
Global : La Chine vend ses armes à l’Afrique
2006-06-13
http://www.afrik.com/article9952.html
Selon un rapport d’Amnesty International, rendu public dimanche 11 juin, la Chine serait devenu l’un des principaux exportateurs d’armes vers les pays africains en conflit comme le Soudan ou la République démocratique du Congo (RDC). Elle serait également impliquée dans le commerce illicite de plus en plus important de pistolets en Afrique du Sud.
Global : Le travail des enfants prive les jeunes de leur enfance
2006-06-13
http://www.unicef.org/french/media/media_34504.html
Par centaines de millions, des enfants sont contraints de travailler alors même qu'ils devraient apprendre et jouer. Ces enfants, mais aussi leurs familles et leurs pays, perdent ainsi l'occasion de se développer et de prospérer, a déclaré l'UNICEF aujourd'hui. « Ces enfants sont spoliés de leur enfance même », a déclaré aujourd'hui Mme Ann M. Veneman, Directrice générale de l'UNICEF, lors de la Journée internationale contre le travail des enfants.
Afrique du Sud : Pour le retour de la peine capitale
2006-06-13
http://www.ipsnews.net/fr/_note.asp?idnews=3138
Déçus par ce qu'ils considèrent comme une anarchie croissante en Afrique du Sud, des leaders de partis politiques comme le 'Freedom Front Plus', le 'Christian Democratic Party' et le 'Pro-Death Penalty Party' font cause commune : que la peine capitale soit rétablie. Cependant, ceux qui ont travaillé dur pour abolir la peine de mort il y a 11 ans affirment qu'ils feront pression avec une force égale pour maintenir l'interdiction.
Congo : Deux militants des droits de l'homme jugés
2006-06-13
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3212,36-782310@51-774621,0.html
Deux figures emblématiques de la société civile congolaise risquent de retourner en prison, mardi 13 juin, pour "faux et usage de faux en écriture". En avril, c'est pour "abus de confiance" que Christian Mounzéo et Brice Mackosso avaient été incarcérés trois semaines. Il leur était reproché d'avoir détourné des fonds d'une ONG, et seules les pressions d'associations, de l'épiscopat, de parlementaires américains, de la Banque mondiale et de Paris avaient permis leur libération.
Mauritanie : Juger Ould Taya !
2006-06-13
http://www.jeuneafrique.com/jeune_afrique/article_depeche.asp?art_cle=PAN60026unavogujtio0
L'avocat mauritanien, Me Diabira Maaroufa, a réclamé lundi au cours d'une conférence de presse à Nouakchott, l'abrogation de la loi d'amnistie de mai 1993 afin que l'ancien président déchu Maaouya Ould Sid'Ahmed Taya soit traduit devant les juridictions nationales. Qualifiant la loi de mai 1993 "d'auto-amnistie", Me Diabira a estimé qu'un procès contre Ould Taya "sur le territoire national aurait une très grande valeur pédagogique sur la voie de la réconciliation nationale".
Réfugiés & migration forcée
RCA : Consultations pour le rapatriement des réfugiés soudanais
2006-06-13
http://www.irinnews.org/FrenchReport.asp?ReportID=6977
Les autorités centrafricaines et le Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) poursuivent leurs consultations en vue d’assurer le rapatriement de quelque 10 000 réfugiés soudanais, a déclaré le HCR. Selon Bruno Geddo, représentant du HCR en République centrafricaine (RCA), le rapatriement – qui devrait démarrer début juin – marquera la deuxième phase des opérations qui ont commencé le 2 février après la signature d’un accord tripartite entre la RCA, le Soudan et le HCR.
Sénégal : Dynamique de retour, des vivres et du matériel aux déplacés
2006-06-13
http://fr.allafrica.com/stories/200606070303.html
Revenues au bercail depuis le 17 mars dernier, suite aux combats que l'armée bissau-guinéenne a menés contre les positions de Salif Sadio le long des villages de Sao Domingo, en Guinée-Bissau, les anciens déplacés et autres réfugiés du village de Fanda et de Guidel Bambadinka, entre autres localités de l'arrondissement de Niaguis, ont reçu, le samedi 20 mai, un important don de vivres et de matériels de la part de l'association Ajak-Lukaal de Niaguis, grâce à un appui du Programme spécial Casamance de la coopération allemande au Sénégal.
Soudan : Un millier de réfugiés rapatriés du Kenya
2006-06-13
http://www.grioo.com/info7071.html
Quand une femme de 46 ans a embarqué, il y a deux semaines à bord d'un avion à destination du Sud-Soudan, elle est devenue le 1000ème réfugié soudanais à rentrer au bercail depuis que le HCR a commencé à organiser, en décembre dernier, des rapatriements volontaires à partir du camp de réfugiés de Kakuma, dans le nord-est du Kenya.
Tchad : Une délégation de l'Onu visite des camps de réfugiés
2006-06-13
http://fr.news.yahoo.com/11062006/290/une-delegation-de-l-onu-visite-des-camps-de-refugies.html
Après avoir patiemment attendu son tour, Mohammed Ibrahim, un Soudanais de 18 ans, a montré aux ambassadeurs des pays membres du Conseil de sécurité les brûlures faites sur son dos et sur sa tête par des miliciens arabes djandjaouids. L'histoire, terrifiante, se répète dans de nombreux villages des zones frontalières au Soudan et au Tchad voisin, où les mêmes groupes ethniques se retrouvent de part et d'autre des frontières.
Elections & gouvernance
Afrique : Charte pour renforcer la démocratie en Afrique
2006-06-13
http://www.africatime.com/afrique/
Des ministres africains en charge des questions électorales ont adopté samedi dernier à Brazzaville un projet de charte africaine pour la démocratie, les élections et la gouvernance en vue de renforcer la démocratie dans le continent, a appris GABONEWS. La charte engagera les Etats signataires à appliquer les principes universels de la démocratie.
Afrique du Sud : Thabo Mbeki talonne Mandela
2006-06-13
http://www.grioo.com/info7066.html
Un récent sondage publié en Afrique du Sud montre que l'action du président Thabo Mbeki est perçue de façon très positive par ses concitoyens. 77 % des aud-africains approuvent en effet l'action de Thabo Mbeki, ce qui situe ce dernier pas loin de Nelson Mandela qui se tenait à 79 % d'opinions favorables en 1998. C'est le plus haut taux d'approbation jamais enregistré par Thabo Mbeki, en hausse de 26 % par rapport à l'année 2000 où son taux d'approbation se situait à 51 %.
RDC : Kabila rattrapé par la congolité
2006-06-14
http://fr.allafrica.com/stories/200606130569.html
Le président sommé de donner la preuve qu'il est bien le fils de son père et de sa mère, pour être candidat à l'élection présidentielle attendue. A quelque jours de l'élection présidentielle prévue pour le 30 juillet prochain, la polémique ne cesse d'enfler en République démocratique du Congo (Rdc) : Joseph Kabila est-il réellement le fils de son père, feu le président Laurent-Désiré Kabila dont il se réclame ? La polémique n'est pas nouvelle.
RDC : Manifestation hostile au pouvoir
2006-06-13
http://www.jeuneafrique.com/jeune_afrique/article_depeche.asp?art_cle=AFP41936manifasahsn0
Plus de 2.000 partisans de l


EDITORIAUX DE PAMBAZUKA NEWS 2004