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L’armée française, même si ce n’était pas son intention première, a été d’une aide décisive dans le nettoyage ethnique qu’opèrent les milices anti-Balaka.

Sans surprise et dans un consensus politique, l’Assemblée nationale française vient de donner son aval à la continuité de l’opération Sangaris en Centrafrique. Mais dans le même temps, les critiques de cette opération se font de plus en plus entendre.

Dès le début, l’intervention française ciblait uniquement les milices de la Seleka venant du nord du pays qui ont porté au pouvoir Michel Djotodia. Ces milices se sont rendues coupables d’exactions contre les populations en épargnant généralement les communautés musulmanes. En neutralisant les milices de la Seleka, les troupes françaises ont laissé en matière de sécurité un vide pour les populations musulmanes qui se sont faites massacrer par les milices anti-Balaka, largement encadrées par les partisans de l’ancien dictateur François Bozizé. Pendant de longues semaines les soldats français ont continué cette opération en laissant agir les anti-Balaka qui, ouvertement, travaillaient à leur objectif  : «  nettoyer  » le pays des musulmans.

Ainsi l’armée française, même si ce n’était pas son intention première, a été d’une aide décisive dans le nettoyage ethnique qu’opèrent les milices anti-Balaka. Les convois de civils musulmans qui se dirigent vers le nord du pays sont sans cesse attaqués par ces miliciens dont la plupart sont des jeunes désœuvrés. En soutenant ces milices, Bozizé tente de son côté de reprendre le pouvoir.

LE REMEDE PIRE QUE LE MAL...

La situation politique se complique considérablement. Les anti-Balaka sont divisés. Une aile se déclare prête à travailler avec le gouvernement de Catherine Samba-Panza, tandis que l’autre partie dénie toute légitimité à ce pouvoir. Cette division peut mener à des conflits entre anti-Balaka eux-mêmes sur des bases ethniques. Déjà, on recense des méfaits de ces miliciens contre les populations chrétiennes. Et le fait que la France se donne désormais comme objectif le désarmement de ces milices va contribuer à l’hostilité grandissante d’une partie de la population. Régulièrement les soldats de Sangaris essuient des tirs de miliciens anti-Balaka.

Dans le nord du pays où les musulmans se sont réfugiés, les risques sont grands de voir les populations chrétiennes de cette région être victimes de la vengeance des miliciens de la Seleka. La question de la gestion de cette région se pose. En effet, si la partition institutionnelle du pays a été écartée, sa sécurisation et son contrôle restent problématiques.

La diplomatie française mise sur le dictateur tchadien Déby pour éviter que cette zone ne soit une zone de non-droit propice à un refuge de toutes les milices qui sévissent dans la région  : celles du Darfour mais aussi la secte ougandaise de la Lra (acronyme anglais de l’Armée de Résistance du Seigneur), les zaraguinas, bandits de grand chemin, et bien sûr les djihadistes. Le rôle d’Idriss Déby se retrouve ainsi renforcé et va bénéficier de la mansuétude de la France et des autres puissances occidentales.

De nouveau, la théorie d’un soutien aux dictatures pour assurer la stabilité dans la région est défendue, alors que ce remède est pire que le mal. La légitimation de ces dictatures ne fait que nourrir des conflits armés qui dégénèrent le plus souvent en guerres ethniques. La politique africaine de la France reste constante et continue à faire des ravages dont les principales victimes restent les populations.

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** Paul Martial est rédacteur d’Afriques en luttes (www.afriquesenlutte.org)

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