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L’essence de l’idéologie politique de Thomas Sankara - y compris la chaleur humaine et la compassion à l’égard d’autres humains, la dignité pour les paysans, l’autosuffisance pour tous les Burkinabés, l’émancipation de la femme burkinabé - ainsi qu’une politique anti-impérialiste - affirme des alternatives panafricaines aux discours et pratiques de l’homophobie qui sont basées sur des idéologies anti-impérialistes.

Le militant pour les droits des homosexuels camerounais Eric Ohena Lembembe a écrit dans son dernier blog : «Malheureusement un climat de haine et de bigoterie règne au Cameroun jusqu’aux plus hauts échelons du gouvernement qui rassure les homophobes qu’ils peuvent s’en tirer en toute impunité". Son corps a été retrouvé à son domicile, couvert de brûlures dues à du métal, ses mains et pieds fracturés. Lors de sa récente tournée africaine, le président Obama s’est focalisé sur les droits des homosexuels sur tout le continent et les répercussions politiques de son appel ont été violentes.

En Gambie, le président Jammeh a répondu avec des menaces contre "ces homosexuels sataniques", pendant que la réaction de Macky Sall a été de dire que les arguments d’Obama se fondaient sur le misérable bilan des droits humains aux Etats-Unis et la perpétuation de la peine capitale. De même, il aurait pu citer les crimes de haine à l’encontre des homosexuels, y compris les meurtres qui ont lieu chaque année, trente pour la seule année 2011. Bien que j’apprécie la répartie du président Sall et son exigence de souveraineté politique, la mort de David Kato, la mort d’Eric Lembembe, la dénonciation du rôle joué par les groupes chrétiens évangéliques américains dans la perpétuation de l’homophobie dans le monde entier, et en Afrique en particulier et le mouvement connu sous le nom de "Tue un homosexuel !" en Ouganda, illustre que cette discussion se pose au-delà des considérations éthiques et morales du mariage, de l’adoption ou de l’union civile.

La discussion sur l’homophobie en Afrique doit continuer à confronter la culture dangereuse de la haine qui se manifeste par des harcèlements, la torture, l’emprisonnement, des abus sexuels violents et le meurtre et auxquels il doit être mis un terme.

Il y a quelques mois, juste avant que le président Obama ne se rende en Afrique du Sud, j’ai eu une discussion animée avec un Nigérian, vivant aux Etats-Unis, sur la question des droits des homosexuels en Afrique (qui n’était nullement le premier débat !) . Les prémisses de son argument était que l’homosexualité n’était pas "naturel" et n’existe pas dans le monde des animaux, en dehors du monde humain, Il a continué affirmant que l’homosexualité a été importée d’Occident durant la colonisation et utilisé comme moyen de contrôler les gouvernements africains depuis l’indépendance. Le lien entre la sexualité et le pouvoir a une résonnance en politique africaine, qui alterne entre l’affirmation que les politiciens dévorent sexuellement les femmes ou se soumettent à des rites homosexuels de passage pour réaliser leur statut politique.. Ceci va jusqu’au plus haut échelon incluant, selon la rumeur, le président camerounais Paul Biya qui aurait pris le pouvoir seulement après avoir été sodomisé par son prédécesseur, l’ancien président Ahmadou Ahidjo.

Nkom Alice, une juriste camérounaise, a lancé : "Qu’on ne vienne pas me dire que le respect des minorités sexuelles n’est pas africain» (Ndlr : en français dans le texte) et continue disant "l’homosexualité a toujours existé en Afrique et nous n’avons pas à tuer des gens dans les villages*". En effet si nous lisons l’histoire sexuelle de l’Afrique écrite par Ife Amadiume, Will Roscoe, Sylvia Tamale et Marc Epprecht, nous saurions que la soi-disant "interventions des pédés blancs"- le discours que l’homosexualité a été importée en Afrique par l’Occident- est un mythe, toutefois un mythe puissant. Bien sûr, le débat sur l’homosexualité est étroitement lié aux croyances religieuses, en Afrique comme ailleurs. Toutefois, au Cameroun comme dans toute l’Afrique subsaharienne, la recherche sur la vague d’homophobie des années 1980 illustre les motivations économiques et politiques qui incitent politiciens et chefs religieux à cultiver la haine de la population Lgbtq. Une haine qui peut déplacer la colère que la population ressent dans un contexte de chômage, de la croissance de pauvreté et de l’inégalité devant les programmes d’ajustement structurel. Sans omettre les promesses non tenues de changements démocratiques dans des pays comme le Cameroun, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, le Gabon, la Guinée, le Congo, le Tchad et le Sénégal (une liste non exhaustive) qui ont tous été témoin de la domination de dictateurs des années 1980, 90 jusqu’au début de l’an 2000

L’essence de l’idéologie politique de Thomas Sankara- y compris la chaleur humaine et la compassion à l’égard d’autres humains, la dignité pour les paysans, l’autosuffisance pour tous les Burkinabés, l’émancipation de la femme burkinabé- ainsi qu’une politique anti-impérialiste- ensemble avec sa considération attentive des traditions et histoires burkinabés, affirme des alternatives panafricaines aux discours et pratiques de l’homophobie qui sont basées sur des idéologies anti-impérialistes. La grande ironie est, bien sûr, l’importation du discours et des lois homophobes en Afrique depuis l’Occident, c'est-à-dire les groupes évangéliques américains.

J’ai relu les appels de Sankara pour un peuple digne et uni dans le contexte de l’actuelle persécution des homosexuels en Afrique (encore une fois pas une expérience africaine aussi singulière que l’homophobie n’est un phénomène global) Une approche sankariste de la confrontation artificielle entre les droits Lgbtq et le discours anti-impérialiste apparaît comme rien de plus qu’une mascarade fabriquée pour détourner et diviser, surtout les Africains paupérisés, du débat politico-économique qui pourrait promouvoir la prise de pouvoir. Sankara, dans son discours du 3 janvier 1986, intitulé "Ne pas se laisser entraîner dans des combats inutiles" a déclaré : "Nous savons, nous, révolutionnaires que chaque jour qui passe est un jour d’affrontement. Nous savons que depuis le jour où, c’était le 26 mars 1983, à cette même place, nous avons proclamé que "lorsque le peuple se met debout, l’impérialisme tremble", depuis ce jour nous sommes face à face avec l’impérialisme et ses valets" (Ndlr : en français dans le texte). Dans le cadre de la philosophie politique de Sankara, clairement les droits des Lgbtq sont fondamentaux à l’émancipation humaine, la liberté et la prise de pouvoir. Déraciner le mythe que l’homosexualité est liée à l’impérialisme est fondamental dans cette tâche collective.

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** Amber Murrey est une doctorante à la School of Geography and the Environment à l’université d’Oxford. La recherche pour sa thèse étudie les parallèles entre la violence structurelle et l’épistémologie de la sorcellerie dans deux communautés le long de l’oléoduc Tchad/Cameroun. - Texte traduit de l’anglais par Elisabeth Nyffenegger

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