Le mouvement de solidarité n’est pas encore généralisé, mais ici ou là, des élans de soutien se manifestent depuis l’Afrique en direction de Haïti. Symbole encore faible, mais symbole tout de même de ce qui lie l’Afrique à cette partie d’elle-même exilée dans les Caraïbes. Pambazuka a relevé quelques initiatives, engagements et déclarations envers l’île martyr.
Pendant de nombreuses années, le continent africain a été connu comme celui vers lequel toute l’aide internationale était dirigée. Déchirée par des conflits internes et parfois sévèrement éprouvée par Dame Nature qui, à l’occasion, nous a apporté des sécheresses sévères et des famines, la plupart des pays africains continuent à dépendre de l’aide financière et en nature de leurs ‘’grand frères’’ occidentaux. Ce scénario a toujours cours aujourd’hui, en particulier en Somalie, dans la Corne de l’Afrique, où un avion du Programme Alimentaire Mondiale après l’autre continue de larguer, à chaque vol, tonne après tonne, de la nourriture.
Toutefois, le tremblement de terre destructeur qui a frappé la République des Caraïbes de Haïti, le pire à avoir frappé le pays depuis deux cents ans, semble battre en brèche la croyance générale que seules les nations occidentales, mieux pourvues sur le front économique que les nations africaines, peuvent offrir de l’aide si un désastre de la magnitude de celui de Haïti devait frapper une nation.
Dans le sillage du désastre, les gouvernements africains et leur population se sont joints au monde et ont accouru afin d’apporter de l’aide à la nation éprouvée, laquelle malheureusement porte aussi le poids de la plus grande pauvreté de l’hémisphère occidental.
Selon différents rapports, des Nigérians, faisant partie d’un contingent de 121 policiers qui servent dans le cadre des opérations des Nations Unies en Haïti, travaillent avec assiduité au sauvetage de ceux piégés dans les ruines, après le tremblement dévastateur d’une magnitude de 7 sur l’échelle ouverte de Richter, suivi d’une douzaine de répliques. Le Rwanda, qui a largement bénéficié de l’aide internationale après le génocide de 1994, a contribué pour 100 000 $, selon le journal rwandais New Times. Il a été également rapporté que le gouvernement du Liberia a contribué à hauteur de 50 000 $. De même, alors que la question demeure de savoir où les Haïtiens vont aller après le tremblement de terre qui a presque réduit en poussière la capitale Port-au-Prince, le gouvernement du Sénégal a promis d’offrir gratuitement des parcelles de terre aux Haïtiens qui souhaiteraient se reloger dans ce pays.
Les nations de l’Afrique occidentale restent les démocraties les plus stables d’Afrique et ont une longue histoire de participation dans des opérations internationales comme celles du maintien de la paix. Le Sénégal a de nombreux ressortissants qui vivent temporairement ou de façon permanente à l’étranger.
Au Kenya, le Croix Rouge kényane (CRK) et le Comité International de la Croix Rouge (CICR) ont encouragé les Kényans à contribuer à un fond qui servira à l’assistance des victimes du tremblement de terre. Le secrétaire général de la CRK, Abbas Gullet, a déclaré que les Kényans ont aussi profité de l’aide internationale lors de catastrophe majeure en Afrique de l’Est et, donc, ils devraient maintenant aider à assister les survivants. Safaricom, le principal opérateur de téléphonie mobile au Kenya, a aussi installé un compte Mpesa (transfert d’argent) et les donateurs peuvent, par ce moyen révolutionnaire, envoyer de l’argent en Haïti
De même, le gouvernement sud africain, bien qu’occupé par les préparations de la Coupe du Monde de juin 2010, a annoncé une assistance en trois temps : ‘’l’envoi de médecins faisant partie d’une équipe de sauvetage qui fait partie de Rescue South Africa, une organisation à but non lucratif ; l’envoie d’une équipe de pathologistes de médecine légale qui aident à identifier les corps ; et la contribution pour une aide humanitaire non spécifiée au travers d’ONG sud africaines ‘’ L’organisation caritative Gift of the Givers a aussi envoyé des secours pour une valeur de 10 millions de rands, selon Times Live.
Une chanteuse sénégalaise lance un appel aux musiciens africains en vue la production d'une chanson au profit des victimes du séisme en Haïti. La chanteuse, Coumba Gawlo Seck, compte aussi organiser un méga concert au Sénégal en Février pour recueillir des fonds. |
Un peu partout sur le continent, les initiatives de soutien aux frères et soeurs Haïtiens se multiplient. Le Bénin, terre ancestrale de nombreux esclaves transportés à Haïti, lance un téléthon pour recueillir des fonds. Des cérémonies traditionnelles destinées à calmer les esprits ont eu lieu au lendemain du séisme dans ce pays considéré comme le berceau du Vodun également pratiqué par les Haitiens.
Plusieurs personnalités se sont engagées en faveur d'Haïti, dont l'écrivain nigérian Chinua Achebe qui a appelé son pays et l'Afrique du Sud, les économies les plus fortes de la région, à en faire plus pour l'île en détresse.
L'Etat de Lagos et une église chrétienne dans ce même Etat ont promis d'envoyer un million de dollars US, tout comme la Côte d'Ivoire. Le Libéria a promis 50,000 dollars, le Rwanda 100,000 dollars.
Reste à voir si les autres nations africaines seront chatouillées par ces gestes de leurs homologues à l’encontre des Haïtiens. Toutefois, c’est un pas courageux dans la bonne direction qui contribue à casser l’image d’une Afrique perpétuellement sinistrée, récipiendaire de l’aide, pour la montrer comme étant celle qui donne.
* Ce texte a été traduit de l’anglais par Elisabeth Nyffenegger
* Veuillez envoyer vos commentaires à [email protected] ou commentez en ligne sur www.pambazuka.org
- Connectez-vous ou inscrivez-vous pour publier un commentaire
- 40 lectures
