Pour la première fois dans l’histoire de la Mauritanie, des présumés esclavagistes inculpés et écroués attendent leur jugement. Car malgré l’abolition de cette pratique, l’esclavage continue de régner dans ce pays où pesanteurs sociales et complicités des autorités continuent de l’entretenir. L’espoir des militants anti-esclavagistes est de voir ce procès aboutir une application du droit.
IRA-Mauritanie a été informée par des militants, des sympathisants et autres citoyens vivant dans le département de Arafat, un quartier périphérique de Nouakchott, de la présence de trois fillettes esclavages, dans les foyers respectifs de Salka Mint Hamed, Fatimetou Mint Cheikh Seyyidi et Mettou Mint Abdallahi Ould Abdennoune. Le 23 mars 2011, après avoir confirmé la véracité des allégations de plusieurs personnes du voisinage des trois foyers, le président d’IRA-Mauritanie et plusieurs dirigeants de cette organisation, se déplacèrent pour rencontrer le Hakem (préfet du département de Arafat), à qui les trois cas ont été soumis par écrit et en présence des présidents des organisations alliées à IRA. A savoir Boubacar Messaoud, président de SOS-Esclaves et Aminetou Mint El Moctar, présidente de l’AFCF.
Le préfet d’Arafat, Mohamed Ould Sweidi, ordonna aussitôt à la police de se déplacer chez les foyers sus-indiqués et, si les faits rapportés s’avèrent exacts, d’arrêter les présumés coupables et de les transférer avec les victimes à la brigade des mineurs à Nouakchott. Arrivée sur les lieux, la police constata qu’effectivement, les trois femmes détenaient respectivement, Houeyja Mint Mohamed Lemine (14 ans), Meima Mint Amar (13 ans) et Salka Mint Ahmed (11 ans). Immédiatement après ce constat, la police transféra les dites femmes, et les fillettes, à la brigade des mineures qui devait se charger de l’enquête.
Mais l’inspectrice de police chargée de la Brigade des mineurs (Mekfoula Mint Mohamd Elhadrami), suivant la ligne officielle, traditionnelle et immuable de dénis actif de l’esclavage et pratiques assimilées, s’empressa, la même journée, de bâcler l’enquête avec beaucoup de parti-pris, relaxant les présumées esclavagistes non sans leur remettre les victimes, au grand dame des dirigeants des trois organisations alliées et des dizaines de militants d’IRA-Mauritanie qui se sont rassemblés en sit-in devant les locaux de la Brigades des mineurs.
Désespérés et constatant impuissamment cet énième mécanisme d’impunité par classement sans suite de cas avérés d’esclavage, Biram Dah Abeid, Boubacar Messaoud et Aminetou Mint El Moctar entamèrent tout de suite un sit-in et une grève de la faim dans les locaux de la brigade, alors que les militants d’IRA-Mauritanie renforcent et prolongent leur sit-in dehors en arborant des banderoles hostiles à l’esclavage et à l’impunité.
Les jeunes de la coordination du 25 février, plusieurs personnalités du FONADH (Forum des Organisations Nationales de Droits Humains), les députés de la Coordination de l’Opposition Démocratique, les dirigeants des partis politiques de l’opposition, l’Office National des Avocats se relayèrent dans et devant la Brigade des mineurs, au cœur de la ville de Nouakchott, pour soutenir les manifestants et les grévistes de la faim et pour crier leur ras-le-bol face à la politique d’impunité des crimes esclavagistes. Après un premier accord entre les autorités mauritaniennes et les dirigeants des trois organisations plaignantes, la grève de la faim est rompue et les sit-in suspendus, le gouvernement mauritanien s’étant engagé à appliquer la loi.
Mais hélas, vingt-quatre heures après, les défenseurs des droits humains constatèrent que les autorités agissaient ouvertement à l’opposé des promesses tenues. Ceci amena les dirigeants des trois ONG à reprendre leurs positions dans les locaux officiels et leur grève de la faim. Et très vite, les militants se rassemblèrent par dizaines dans la cour jouxtant la brigade. Les autorités tergiversent pendant vingt-quatre heures avant que le président de l’Assemblée nationale, Messaoud Ould Boulkheir, entre en ligne et pèse de tout son poids sur les autorités supérieures du pays qui acceptèrent pour la première fois dans notre histoire d’entamer un début de poursuite pour crime d’esclavage par les lois longtemps votées et ratifiées mais sans aucune volonté officielle d’application.
Ainsi, le dimanche 27 mars 2011 le procureur de la république du tribunal de Nouakchott, inculpe en procédure de flagrant délit : Salka Mint Hamed, Fatimetou Mint Cheikh Seyyidi et Mettou Mint Abdallahi Ould Abdennoune de crime d’esclavage et Ahmed Ould Zayed(père de Salka Mint Ahmed ainsi que Khdeyja Mint Mbareck (présumée mère de Houeyja Mint Mohamed Lemine) de complicité. Tous ces prévenus ont été écroués le même jour à la prison civile de Nouakchott.
IRA-Mauritanie espère que le gouvernement et la justice mauritaniens sauront respecter le droit et agir dans le sens de l’attente, des sociétés civile et politique nationale et de la communauté internationale.
Nouakchott, le 02 avril 2011
* L'Initiative pour la Résurgence du Mouvement Abolitionniste en Mauritanie (IRA Mauritanie) lutte pour l'éradication de l'esclavage, elle est présidée par Biram Ould Dah Ould Abeid
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