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Le 18 juin, le Sénat américain approuvait une résolution reconnaissant formellement l’injustice historique de l’esclavage et la loi ‘’ Jim Crow’’ qui régissait le pays. Mais Horace Campbell se demande ‘’Pourquoi cette décision tombe maintenant ?’’ En fait, ces excuses survenant dans la même semaine que l’appel des pays du BRIC (Brésil, la Russie, l’Inde et la Chine) pour un nouvel ordre mondial multipolaire, le choix du moment des excuses par le Sénat américain n’est nullement fortuit. Il témoigne plutôt d’une nervosité faceà l’internationalisation de la demande de réparation.

Le Sénat s’étant assuré que la résolution ne laissait aucune ouverture à des revendications à l’égard des Etats-Unis, ces excuses sont conformes à une tradition établie qui consiste à offrir des excuses afin d’inhiber toute nouvelle action, analyse Campbell. Le souhait ardent de la classe politique américaine est de s’assurer de l’accès aux abondantes ressources africaines. Et cette résolution du Sénat représente une tentative de remplacer les tactiques brutales des conservateurs par une approche plus nuancée pour poursuivre l’expansion impériale. Une approche qui doit être contrée par une volonté soutenue des forces progressistes du monde entier afin que la justice réparatrice soit faite, défend Campbell.

Le 18 juin 2009, le Sénat américain a approuvé une résolution reconnaissant formellement ‘’l’injustice fondamentale, la cruauté, la brutalité et l’inhumanité de l’esclavage et des lois de Jim Crows qui ont enracinés la ségrégation raciale au niveau de l’Etat et au niveau local aux Etats-Unis jusque dans les années 1960’’. Au nom du peuple des Etats-Unis le Congrès a présenté ses excuses ‘’aux Afro-Américains pour les torts subis par eux-mêmes et par leurs ancêtres en raison de l’esclavage et des lois de Jim Crow’’. Les excuses ont mené a un nouvel engagement du Sénat américain ‘’à respecter le principe selon lequel tous les humains sont nés égaux et sont dotés des mêmes droits inaliénables à la vie, à la liberté, au bonheur et appelle tous les peuples des Etats-Unis à travailler ensemble afin d’éliminer dans notre société les préjugés raciaux, les injustices et la discrimination.’’

Néanmoins, la question demeure, de savoir pourquoi le Sénat présente ses excuses maintenant.

Les arguments développés ici suggèrent que les Etats-Unis craignent une répétition de Bandung où les peuples d’Asie, d’Afrique, d’Amérique latine et les Afro-américains se sont unis pour casser le pouvoir des anciens esclavagistes.

Le résultat des luttes autour de la 2009 Durban Review Conference (Durban II)

Le Sénat américain présente-t-il ses excuses en raison d’une nouvelle vague de revendications de réparation venues de l’Inde (les lunettes de Gandhi), de la Chine (des têtes en bronze) mais portées aussi par le nouvel activisme de la part du Brésil ? Dans tous les Etats-Unis, des musées ont dû rendre des objets pillés, forcés et contraints par le gouvernement italien. Les Africains aussi mettent la pression sur l’UNESCO afin que celle-ci les aide à récupérer les trésors culturels pillés.

Le lecteur doit se souvenir que la lutte globale pour la réparation ne doit pas être vue en-dehors du contexte d’une nouvelle mouvance de la politique internationale. Le mouvement africain en faveur de la réparation est aussi ancien que le mouvement antiesclavagiste et il a pris de l’importance au cours des 20 dernières années. Le mouvement pour la réparation continue d’être un mouvement de la base. Tant de dirigeants noirs actuels se sont compromis avec les anciennes puissances coloniales qu’il est impossible de se renseigner sur ce mouvement auprès des gouvernements. Par ailleurs le regretté panafricaniste Tajudeen Abdul Raheem a avancé, dans une de ces déclarations sur la question des réparations, qu’il était des intérêts des Etats-Unis qu’il n’y ait pas de connections fortes entre le mouvement pour la réparation aux Etats-Unis et ceux en Afrique et d’autres parties du monde panafricain.

En Afrique, au niveau intergouvernemental, le comité légal pour la réparation de l’ancienne Organisation de l’Union africaine (OUA) a été une force vibrante en exposant les actions criminelles et génocidaires des anciennes puissances coloniales. L’OUA a établi un groupe de personnalités éminentes dirigées par le chef Abiola du Nigeria. Son emprisonnement et le déraillement du processus démocratique au Nigeria sont liés à la peur que le peuple du Nigeria appuie de son énergie collective le mouvement pour la réparation. Suite au décès d’Abiola, le comité de l’OUA est devenu comateux. L’Union africaine (UA) n’a pas soutenu les personnalités éminentes dans la même mesure. De surcroît, nombres d’Etats européens étaient opposés à une centralisation des réparations à l’intérieur d’une tribune de l’Union africaine.

En conséquence de quoi, le soutien principal du monde panafricain au niveau étatique est venu des Etats d’Amérique latine et des Caraïbes (Barbade, Brésil, Cuba et le Venezuela). Il y a plus de 150 millions de personnes descendants d’Africains en Amérique latine et ces forces sont devenues proéminentes en formant le comité des descendants d’Africains lors de la World Conference against Racism (WCAR - Conférence mondiale contre le racisme). Ces forces ont exercé une pression considérable pour la tenue d’une nouvelle conférence sur le racisme au travers de Durban II, en 2009, laquelle a été boycottée par les Américains.

La réunion de Durban de 2001

La troisième conférence sur le racisme s’est déroulée à Durban en 2001. Cette conférence a accepté d’adopter un langage qui reflète le soutien massif pour la reconnaissance du crime contre l’humanité constitué par le trafic d’esclaves transatlantique. Ceci a représenté une grande victoire dans la mesure où les Africains et les descendants d’Africains se sont mis d’accord sur la question du langage à propos de trois points importants :

- Le trafic d’esclaves transatlantique, l’esclavage et le colonialisme sont des crimes contre l’humanité ;
- Réparation est due aux Africains et aux descendants d’Africains ;
- La reconnaissance des bases économiques du racisme

Ces trois points ont été largement circulés et étudiés dans tout le monde africain avant la réunion et ces positions se reflètent dans la déclaration finale de la conférence. Ces trois points sont le noyau autour duquel se sont organisés les idées au sein des mouvements panafricains concernant la réparation. Suite au 11 septembre 2001, le gouvernement américain a utilisé l’argument du terrorisme afin de mettre un terme au débat sur la réparation.

C’était au vu des préparations des peuples d’ascendance africaine que les Etats-Unis et la Grande Bretagne ont unis leurs efforts pour marginaliser et isoler les discussions concernant la réparation. Il est aussi significatif que la gauche européenne et nord américaine n’ont jamais soutenu le mouvement pour la réparation. Les Etats-Unis ont entrepris une campagne massive international afin que la question de la réparation n’apparaisse pas dans l’agenda des Nations Unies. Mary Robinson, ancienne présidente de l’Irlande, a été forcée de quitter son poste de Haut Commissaire des Droits de l’Homme, pour avoir soutenu le suivi du WCAR.

Les questions de la Palestine, des Dalits en Inde et celle de la réparation sont apparues comme causant des lignes de fracture majeures et ont divisé sévèrement les anciennes colonies et les pays de l’Union européenne et les Etats-Unis. Le temps et l’espace restreignent l’approfondissement de la question palestinienne, mais celle-ci a certainement révélé la puissance réelle du lobby israélien aux Etats-Unis. (1) La nature du lobby israélien est de nouveau apparue en 2009, concernant la participation des Etats-Unis à la conférence de Durban II

Durban II

Chaque conférence des Nations Unies, que ce soit pour les femmes, l’environnement ou le développement, a été suivie cinq ans plus par une conférence de revue. Trois des cinq membres permanents du Conseil de Sécurité - les Etats-Unis, la Grande Bretagne et la France- se sont opposés à une revue de la conférence de Durban. Les supporters de l’Etat d’Israël au Congrès ont monté une campagne féroce d’opposition à la participation des Etats-Unis à cette conférence de revue. Au niveau régional le Brésil et Cuba l’ont soutenue, de même que les Sud Africains en Afrique, ainsi que la Chine et la Russie qui ont été des soutiens convaincus. L’Europe occidentale s’étant toujours efforcée de décider du programme à appliquer pour le monde entier et ayant échoué à imposer le programme de la conférence sur le racisme, les principaux membres de l’OTAN ont boycotté la conférence. Les présupposés du boycott américain ont été l’antisémitisme supposé de la déclaration finale de Durban II

Les 8 autres pays ne pouvaient prétendre la même chose.

Voici ce que Samir Amin avait eu à dire à propos du boycott de Durban II par les Etats-Unis.

‘’Les puissances de l’OTAN ont essuyé un double échec à Durban I, leur plan ayant été bloqué par la majorité des pays du Sud à la conférence des Etats membres et par le forum des ONG. A la conférence principale, la plupart des gouvernements des pays du Sud ont défendu le principe du droit international qui prohibe une intervention étrangère unilatérale, sous quelque prétexte que ce soit. L’Histoire leur a enseigné la vraie raison de ces interventions et l’hypocrisie des discours à propos de ‘’mission civilisatrice’’ maintenant intitulée ‘’la défense des droits de l’Homme’’.

Les évènements qui ont eu lieu depuis Durban I confirment la justesse de cette position. La Charte des Nations Unies permet des interventions avec l’accord du Conseil de Sécurité et même là, elle restreint sévèrement la durée et l’envergure. Ceci a été systématiquement violé par les puissances de l’OTAN qui se sont arrogés le droit de décider unilatéralement d’intervenir ou pas. Après l’invasion de l’Irak, pour des raisons fallacieuses, les pays de l’OTAN redoutaient naturellement un nouvel échec à Durban II’’

Notant la mobilisation globale manifestée par la présence de milliers de militants à Durban, Amin ajoute :

‘’L’intervention dans les pays du Sud a été fortement condamnée par le forum des ONG à Durban I. Mais pas un seul instant ils n’ont fermé les yeux sur les crimes commis par des gouvernements à l’encontre de leur propre population ; pas plus qu’ils n’ont contesté la légitimité des campagnes organisées visant à dénoncer ces crimes, en saluant le soutien des populations du Nord dans leur lutte commune pour la démocratie. Cependant, le forum des ONG a, à juste titre, fait la distinction entre les expressions nécessaires de solidarité internationale et les décisions unilatérales des gouvernements du Nord. Ce qui n’est guère surprenant. Les peuples du Sud, de par leur expérience historique, savent que la domination impérialiste a toujours été un obstacle majeur sur le chemin de la démocratie. Ils savent que lorsque la justification pour légitimer une intervention est ‘’ la défense de la démocratie’’, l’intervention proposée sert en réalité les objectifs de la domination impérialiste. C’est aux peuples du Sud d’assumer la responsabilité de leurs propres luttes en faveur de la libération, de la démocratie et du progrès social.’’

Les prises de position de Samir Amin reflètent les vues et la confiance d’une nouvelle force qui a émergé dans les pays qui ont soutenu la première réunion des peuples Afro-asiatiques de Bandung. Le fait que la réunion de Durban II, qui a eu lieu en avril, ait été un succès, malgré le silence des agences de presses occidentales, a été un camouflet diplomatique pour les Etats-Unis et un échec pour sa propagande.

Le mardi 21 avril 2009, Navi Pilay, Haut Commissaire aux Droits de l’Homme, déclare « qu’elle était très heureuse d’annoncer la grande nouvelle : le document final de la conférence de Durban II a été adopté par consensus aujourd’hui’’

‘’Parmi les éléments additionnels les plus précieux contenus dans le document final il y avait : que les engagements politiques concernant l’application du DDPA (Déclaration de Durban et programme d’action) ont trouvé une nouvelle vigueur ; il a souligné l’augmentation, depuis 2001, du nombre de victimes du racisme, de la discrimination, de la xénophobie et des formes similaires d’intolérance ; il a identifié, partagé et diffusé les codes de conduite pour la lutte contre le racisme ; il a réaffirmé sans équivoque, le rôle positif de la liberté d’expression dans la lutte contre le racisme tout en déplorant les stéréotypes dénigrants et stigmatisant des gens en raison de leur religion ou croyance ; et il a mis en route un processus qui va examiner dans quelle mesure l’article 20 du Pacte International pour les Droits Civils et Politiques, qui prohibe l’incitation à la haine, a été appliqué dans différentes parties du monde’’

Le document a réaffirmé le Durban Declaration Programme of Action (DDPA) tel qu’il a été adopté lors de la conférence Durban I

Cette simple affirmation est importante, compte tenu de la campagne persistante menée par les Occidentaux, signataires du DDPA en 2001, pour réviser l’histoire et annuler les grands progrès représentés par ledit document, qui reste un cadre concret pour résoudre le problème du racisme.

Les étapes sont les suivantes : reconnaître le fondement économique du racisme ; déclarer que la traite transatlantique des esclaves et l’esclavage ont été des crimes contre l’humanité ; et que les descendants des victimes doivent recevoir réparations.

Quatre orientations fondamentales ont émergé lors de la conférence Durban II en avril 2009

- Une réaffirmation de la déclaration de base de Durban I
- Un renforcement des unités des Nations Unies combattant le racisme
- Un suivi de soutien à la paix et à la reconstruction dans toutes les parties du monde
- Renforcer les institutions internationales qui sont centrales dans la lutte contre le racisme et la justice sociale

L’isolement des Etats-Unis dans l’opinion public

Suite à la conférence de Durban I, il y a une déclaration claire qui disait : ‘’Le contenu de l’éducation doit servir à affirmer et à reconstruite la dignité détruite des peuples… Le curriculum doit être révisé de sorte à éliminer les éléments qui promeuvent le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et les intolérances en découlant ou qui renforcent des stéréotypes négatifs, y compris le matériel qui réfute ces stéréotypes’’

Ceci a été un travail de titan et l’importance de la déclaration peut être jugée à l’aune de la description des Chinois dans les manuels d’histoire au Japon. Ce défi a aussi porté atteinte à de nombreux symboles dans des anciennes puissances coloniales. Que ce soit la Hollande, l’Allemagne, la France, le Portugal, l’Espagne ou les Etats-Unis, chacune de ces anciennes puissances coloniales frémit devant l’implication de la reconnaissance d’anciens crimes qui ont été célébrés dans leur société. Dans le cas particulier de l’Espagne, la célébration annuelle, le 12 octobre, de Christophe Colomb, comme héros national, a été remise en question.

Dans toute l’Amérique latine, Colomb et les Conquistadors sont vus désigner par les peuples autochtones comme les instigateurs d’un génocide massif dans cette région. En Grande Bretagne, en France, en Belgique, en Hollande et en Allemagne, les héros de la colonisation sont devenus des criminels.

La requête des peuples autochtones

Les peuples autochtones persistent à demander et à organiser l’exposition des crimes de génocide. Travaillant avec acharnement pendant trois générations, les peuples autochtones ont continué à oeuvrer et à manœuvrer aux Nations Unies jusqu’à ce que, en 2007, ils obtiennent que l’Assemblée Générale des Nations Unies passe une résolution sur les droits des peuples autochtones :

‘’ La Déclaration établit un cadre universel de standards minimaux pour la survie, la dignité, le bien être et les droits des populations autochtones du monde entier. La Déclaration concerne aussi bien les droits collectifs qu’individuels, les droits culturels et identitaires ; le droit à la scolarisation, à la santé, à l’emploi, à sa langue propre, et d’autres. Elle met hors la loi la discrimination à l’encontre des peuples autochtones et promeut leur participation pleine et entière dans toute chose les concernant. Elle garantit aussi leurs droits à être distincts et à établir leurs propres priorités en terme de développements économiques, sociaux et culturels. La Déclaration encourage explicitement la coopération harmonieuse entre l’Etat et les peuples autochtones.’’

Sans surprise, les Etats-Unis, l’Australie, le Canada et la Nouvelle Zélande ont voté contre la résolution. Dans tous ces pays, les peuples autochtones ont été victimes de génocides et de tuerie à large échelle.

Pour les Etats-Unis, un des éléments perturbant, lors de la conférence de Durban II, a été le soutien que le Haut Commissariat aux Droits de l’Homme à Genève, a accordé aux descendants africains qui souhaitent établir au sein des Nations Unies un comité permanent des descendants africains.

Ce n’est donc guère fortuit que le Sénat américain présente des excuses dans la semaine même où a lieu la réunion au sommet des nouvelles puissances globales du Brésil, de la Russie, de l’Inde et de la Chine (BRIC). Le gouvernement américain s’efforce de faire en sorte que les revendications de réparation des Noirs brésiliens et des Afro-américains ne soient pas liées de façon plus rigoureuse dans l’arène internationale. Le but des excuses du Sénat américain est de réduire au silence les mouvements de la base qui revendiquent des réparations aux Etats-Unis.

Les excuses sont insuffisantes

Il est maintenant important pour le mouvement qui lutte pour la réparation de franchir le pas suivant, afin que les manuels scolaires américains reflètent les excuses du Sénat. Dans leur myopie, les membres du Sénat n’ont été capables de penser qu’en termes de compensation financière pour les crimes de l’esclavage et donc ils ont attachés un commentaire qui dit que :

‘’Rien dans cette résolution (a) n’autorise ou soutient quelque revendication que ce soit à l’égard des Etats-Unis, ou (b) ne peut servir de reconnaissance de dette de la part des Etats-Unis’’

Toutefois il est important d’obtenir la révision des manuels d’Etudes Sociales pour que ceux-ci reflètent cette résolution afin d’engager un processus qui réfute les idées et pratiques qui ont soutenu l’esclavage. Le Sénat américain a suivi le chemin pris par le gouvernement australien et dans lequel ce dernier ne s’engageait à rien. En 2008, le Premier Ministre Kevin Rudd a offert des excuses formelles pour les préjudices subis par les Aborigènes face aux gouvernements successifs. Il a présenté ses excuses à tous les Aborigènes, au parlement, pour toutes les lois et politiques qui ont ‘’infligé tant de malheurs, de souffrances et de pertes’’

Rudd a spécifiquement mentionné ‘’ la génération volée’’, ces milliers d’enfants qui ont été arrachés à leur famille. Ceci étant dit, il n’y a eu, à ce jour, aucune action concrète pour donner du poids à ces paroles.

Les leçons des excuses papales

Lors de son jubilée, au cours d’une messe, un dimanche de mars 2000, le pape Jean-Paul II a présenté des excuses. C’était des excuses solennels pour les erreurs de l’Eglise catholique au cours des 2000 dernières années, mentionnant en particulier l’Inquisition, la conversion forcée des peuples autochtones en Afrique et en Amérique latine, le soutien aux croisades et le soutien à l’esclavage et à d’autres crimes. Cependant, l’Eglise catholique n’a rien entrepris afin que ces propos transparaissent dans le travail de tous les jours. En fait, l’Eglise catholique continue d’obstruer le chemin des femmes pour l’exercice de leurs droits, en particulier les droits reproductifs. Cette Eglise se situe au centre d’un mouvement conservateur qui bloque le savoir acquis par les sciences modernes qui pourrait servir la santé des femmes et leur bien-être. Une leçon à retirer des excuses papales : elles peuvent couvrir des actions et des activités encore plus conservatrices.

Les leçons des excuses belges

En avril 2000, le gouvernement de Belgique a présenté ses excuses à la population du Rwanda pour l’attitude impitoyable du gouvernement de Belgique au moment du génocide de 1994. Ce même gouvernement a présenté des excuses pour l’assassinat de Patrice Lumumba en janvier 1961. Mais ces excuses ne prennent un sens que si le gouvernement belge démantèle tout l’appareil économique, militaire et intellectuel qui a souscrit au génocide et continue de justifier les actions criminelles du roi Léopold II. L’Etat belge va-t-il réécrire l’histoire des crimes belges ? Le livre King Leopold’s ghost (le fantôme du roi Léopold) a fait évoluer le discours concernant le génocide par les Belges au Congo, au-delà du point de vue bienveillant qui voulait que Léopold II a rempli une mission humanitaire et chrétienne en Afrique.

Un nouvel instant d’histoire

La diminution du pouvoir économique et militaire des Etats-Unis dans le cadre de la dépression capitaliste a pour corollaire un intérêt accru pour l’Afrique, en raison de ses ressources humaines et naturelles, qui sont considérées comme un élément central à la reprise de l’économie mondiale. Des éléments clairvoyants dans les cercles politiques influents ont maintenant compris que les tactiques brutales et racistes doivent être abandonnées et que des approches moins offensives doivent être adoptées afin d’aider l’expansion impérialiste. Les excuses concernant l’esclavage est une des manifestations de cette compréhension d’un nouvel ordre mondial.

Toutefois, les excuses n’ont été suivies d’aucun effort réel de démanteler les manifestations actuelles de tout ce qui touche l’esclavage tel qu’il se manifeste dans les complexes industriels carcéraux américains.

Les dirigeants de l’Union africaine se sont compromis par leurs relations financières avec l’Occident. D’autres revendiquent des réparations mais continuent de refléter les attitudes racistes européennes. Le Colonel Kadhafi, l’actuel président de l’Union africaine, a demandé des réparations à l’Italie. Le gouvernement italien a payé 5 milliards de dollars. Toutefois Kadhafi, en tant que président de l’Union africaine, refuse de prendre une position claire contre le racisme par l’Etat Libyen à l’égard des Africains et rencontre secrètement les dirigeants conservateurs italiens afin d’empêcher la libre circulation des travailleurs africains.

En anticipant, le Sénat américain a agi de sorte à anéantir toutes discussions sur le résultat de la conférence de Durban II. En février, le procureur général Holder a déclaré que les Américains étaient des lâches dès lors qu’il s’agissait de discuter la question raciale. Cette lâcheté a été confirmée par les boycotts américains de la conférence.

Le Haut Commissaire pour les droits de l’Homme, Navi Pillay a encouragé toutes les nations ’’à trouver un espace commun. Nous avons besoin de collaborer en toute bonne foi, l’esprit ouvert et des idées constructives’’, a-t-elle déclaré. Les forces progressistes de la communauté internationale doivent donner suite à cet appel afin que la justice réparatrice assiste les humains à avancer selon un nouveau modèle, hors de la dépression. A long terme, il est important que les peuples d’Afrique, d’Amérique latine et de Chine renouvellent l’esprit de Bandung afin d’échapper à l’emprise du pouvoir politique et militaire des forces impériales coupables de génocides au nom du progrès.

* Horace Campbell est professeur de science politique et d’études afro-américaines à l’université de Syracuse, New York. Il écrit un livre sur Obama et la politique du 21ème siècle.

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